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Mamma Sessay était allongée sur la table d’accouchement, quelques minutes après avoir donné naissance à son deuxième jumeau. Une flaque de sang se formait sur le carrelage en dessous. « Je vais mourir », répétait-elle, les yeux remplis de terreur tandis que le sang s’échappait de son corps. À l’hôpital public de Magburaka, il n’y avait qu’un seul médecin disponible pour la province entière et il était déjà en train d’opérer. Les sages-femmes ont redressé Mamma Sessay, elles ont essuyé le sol puis pris sa pression artérielle, juste avant qu’elle ne meure d’une hémorragie du post-partum en moins d’une heure.

Mamma Sessay est morte en 2010. Cette année-là en Sierra Leone, cinq femmes par jour en moyenne mouraient de causes liées à la maternité. Et la Sierra Leone n’était pas un cas isolé. Dans d’autres pays en développement tels que l’Afghanistan, la Somalie, le Tchad, l’Inde et Haïti, plus de 500 000 femmes mouraient chaque année, principalement en raison d’un accès insuffisant aux infrastructures médicales et aux soins périnatals. C’est parfois lié à l’absence de moyens de transport ou au mauvais état des routes pour accéder aux services de santé professionnels, mais souvent ces derniers ne disposent même pas de l’équipement et des médicaments de base pour diagnostiquer et traiter les complications courantes telles que la prééclampsie, l’hémorragie du post-partum et la septicémie. De plus, beaucoup de ces pays ont un taux de grossesses précoces élevé, et les complications sont nombreuses car le corps des jeunes filles n’est pas suffisamment développé pour supporter l’accouchement. Quelles que soient les causes, quel que soit le pays, entre 60 et 70 % des décès maternels pourraient être évités.

J’avais vu Mamma Sessay mourir devant mon objectif, et je ne parvenais pas à croire que quelque chose d’aussi naturel que l’accouchement puisse tuer des centaines de milliers de femmes chaque année. Je me suis alors juré de consacrer du temps à la mortalité maternelle à travers le monde, et au cours de ces dix dernières années, j’ai réalisé ce reportage en Sierra Leone, en Afghanistan, en Inde, à Haïti, aux Philippines, aux États-Unis et au Somaliland.

Aujourd’hui, grâce à la prise de conscience et aux efforts de la communauté internationale, la mortalité maternelle a baissé de plus de 40 % depuis 1990 selon l’Organisation mondiale de la santé. Une tendance observée dans tous les pays développés, à l’exception des États-Unis et de la Serbie qui, tragiquement, ont vu leur taux de décès maternels augmenter. Beaucoup ignorent aujourd’hui que la grossesse et l’accouchement, deux événements naturels de la vie, peuvent encore se révéler fatals pour un grand nombre de femmes. L’accès à des services de santé et des soins périnatals appropriés est un droit fondamental pour toutes les femmes qui vont donner la vie.

Lynsey Addario

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