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Non, définitivement, la Mongolie n’est pas cette terre bénie des dieux annoncée comme providentielle par les médias du monde entier, cette terre promise pour quiconque voudrait y chercher fortune. Au contraire. Même si l’exploitation intensive des grandes richesses du sous-sol apporte d’importants revenus au pays, elle engendre également de plus en plus d’inégalités sociales et génère de graves conséquences environnementales et sanitaires, dont les premières victimes sont les Mongols eux-mêmes. Les maladies liées à la pollution de l’air, de l’eau et des sols ainsi qu’à l’insalubrité, prolifèrent à un rythme effrayant, dans le plus grand déni des autorités qui s’acharnent à donner une image lissée et paradisiaque de leur pays pour attirer toujours plus d’investisseurs et de touristes.

Depuis la chute du régime communiste et l’accession de la Mongolie à la démocratie et à l’économie de marché, de nombreuses structures publiques se sont effondrées, faute de financements conséquents. L’agonie du système de santé et la décrépitude du système éducatif sont représentatives du désintérêt de l’État à mener une politique de développement cohérente et durable pour le bien de sa population.

La corruption gangrène chaque strate de la société. Parfois très organisée, comme dans les hautes sphères décisionnelles où les enjeux miniers font la fortune des nantis, elle est aussi à l’occasion, au sein des classes moyennes, une façon de survivre et de pallier la faiblesse des salaires.

L’inflation et l’augmentation du coût de la vie ces dernières années contribuent fortement à l’enracinement de ce système pervers. Paradoxalement, à mesure que les capitaux des entreprises minières enrichissent le pays, la pauvreté progresse et s’installe durablement en ville comme en steppe. La promesse d’une meilleure répartition des richesses n’a pas été tenue et la grogne commence à monter au sein de la population.

L’exode rural entamé au début des années 2000 continue à étouffer Oulan-Bator, le seul véritable centre économique et politique du pays. Les 60 000 nouveaux migrants qui s’installent chaque année à sa périphérie, l’engorgement du trafic automobile en son centre et la forte consommation du charbon de chauffage en hiver en ont fait une des capitales les plus polluées de la planète.

Dans les campagnes, la situation n’est guère plus encourageante. Dans certaines régions, le pastoralisme traditionnel se voit remplacé par un élevage intensif fondé sur le seul profit immédiat et dont la conséquence directe est la désertification de vallées entières, alors que les exploitations minières mettent en péril les écosystèmes, comme dans le désert de Gobi où les nappes phréatiques sont menacées d’assèchement.

Ainsi il devient urgent pour la Mongolie d’élaborer une politique de développement global et diversifié sur le long terme. D’éviter à tout prix le « tout-minier ». De promouvoir d’autres secteurs d’activité créateurs d’emplois.

Avec moins de trois millions d’habitants et à peine un tiers de personnes actives - dont un grand nombre souffrent de maladies graves -, il est difficile de comprendre pourquoi l’État ne se soucie pas davantage de la population afin de pouvoir se développer en toute sérénité.

La Mongolie est aujourd’hui un pays fragile, à l’image de sa capitale, assise sur une faille sismique et menacée de destruction. Olivier Laban-Mattei

The Mongolian Project a pour but de documenter en profondeur la société mongole d’aujourd’hui. Il est composé d'Anaïs Jumel, Coralie Griell, Antonin Lechat et Tristan Lefilleul.

Olivier Laban-Mattei

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© Rémi Ochlik / IP3 Press
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