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Walter Astrada arrive à Antananarivo tout début février, en pleine crise politique qui déchire le pays depuis mi-décembre. Le 7 février, l’opposant Andry Rajoelina se proclame en charge du pays et prend la tête « d’une Haute Autorité de Transition ». Le président en place, Marc Ravalomanana, riposte et fait intervenir sa garde présidentielle qui tire sans sommation sur les manifestants, faisant 28 morts et 212 blessés.

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Ce jour-là, Walter Astrada couvre la manifestation autour du palais présidentiel, qui avait débuté dans le calme. Un délégué des partisans de Rajoelina avait été reçu à la présidence. À sa sortie et alors que la foule allait à sa rencontre, les forces de police en place se retirent. Walter raconte que tout à coup, tandis que les manifestants se réjouissaient du départ de la police, il entend des tirs. « Tout le monde s’est mis à courir, j’ai pensé qu’il s’agissait de “tirs en l’air”, jusqu’au moment où j’ai vu des manifestants à terre couverts de sang. Quand les tirs se sont arrêtés, 40 secondes s’étaient écoulées (selon mon boîtier numérique). Pendant une accalmie de 4 minutes et 48 secondes, les gens se sont précipités pour venir en aide aux blessés et couvrir les morts. Mais une deuxième salve de tirs a éclaté, faisant encore plus de victimes. Étant le seul photographe étranger sur place, j’ai eu peur qu’on me confisque mon boîtier et je me suis rué à l’hôtel pour transmettre au plus vite mes photos à l’AFP. Une demi-heure plus tard, j’ai voulu retourner sur les lieux, mais j’ai dû rebrousser chemin car les soldats tiraient à vue. » « J’ai passé le reste de la journée entre l’hôpital et la morgue », ajoute-t-il.

Les jours suivants, les manifestations et les tirs se sont poursuivis dans les rues de la capitale. Walter Astrada quitte Madagascar le 18 février. Lâché par l’armée, le président Ravalomanana remet le 17 mars ses pouvoirs à un directoire militaire qui les transfère immédiatement à Andry Rajoelina, nommé président de transition jusqu’aux prochaines élections.

Une centaine de Malgaches ont trouvé la mort durant ces trois mois d’affrontements. Madagascar, déjà affaiblie par les cyclones, les inondations, la sécheresse, la flambée des prix et des problèmes alimentaires récurrents, a vu sa situation s’aggraver encore après ce conflit politique prolongé, dont il résulte une crise humanitaire alarmante.

Laurence de Suremain, AFP

Walter Astrada

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