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Dans quelques mois, il n’y aura plus de mineurs de charbon en France; il n’y aura plus, non plus, de mine industrielle profonde si l’on excepte les quelques ardoisières encore en exploitation près d’Angers. C’est tout un monde qui s’évanouit : un monde fort, héroïque, chargé de drames, dans lequel la littérature et le cinéma ont largement puisé.

Malheureusement, en insistant sur le drame et l’héroïsme, les oeuvres de fiction ont figé dans l’esprit du public une image ancienne qui recouvre d’une pellicule jaunie la réalité d’aujourd’hui. On connaît d’autant moins la mine actuelle que la perspective de sa fermeture définitive a conduit tous les acteurs à commencer le deuil bien avant l’heure. On ne sait plus ce qui se passe au fond et plus d’un se dit lâchement : à quoi bon le savoir puisque, de toute façon, bientôt on n’en parlera plus…

L’est de la Lorraine a vécu par, pour, et avec le charbon pendant près d’un siècle. Au fil du temps, on a vu se constituer de véritables dynasties de mineurs. La mine structurait la vie domestique comme elle structurait la vie sociale.

Il m’a semblé indispensable de réaliser un travail portant témoignage de ces derniers mois de vie.

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J'ai eu le privilège d'être le témoin photographe de l'exploitation des deux dernières tailles de charbon. Durant deux ans, j'ai accompagné les gueules noires de Moselle-est par 1 250 mètres de fond. J'ai réalisé à ce jour une trentaine de descentes dans les puits Vouters (Merlebach) et La Houve (Creutzwald), un privilège qui n'avait jamais été accordé, jusque là, à un étranger à la mine. Privilège de partager la vie quotidienne des Seigneurs de la mine. Dans la cité. Au jour ou au fond. Sur le carreau ou en taille.

Dès la cordée de 5h50, piqueur, about, ripeur, boute-feu, haveur, porion, traceur ou lampiste,..., tous m'ont permis d'être là, parmi eux, où l'on creuse, où l'on boise, où l'on ripe, où l'on rabenasse,..., dans ces deux immenses chantiers mobiles par 800 et 1 250 m de fond, constitués chacun de 2 500 tonnes de matériel rampant et permettant d'extraire jusqu'à 20 000 tonnes de houille par 24 heures. Dans les deux dernières exploitations de la mine moderne.

Avant qu'elle ne s'achève tout à fait, que les molettes des chevalements ne s'immobilisent, que les deux derniers puits ne se referment sur cent ans de vie discrète sinon secrète, je souhaite garder au jour un peu de la vie de ceux qui vont éteindre leur lampe sur une partie importante de notre histoire industrielle.

Par respect et par gratitude pour les générations de mineurs qui ont laissé au fond une part de leur santé et parfois leur vie, j'ai souhaité réaliser un travail de mémoire qui, je l'espère, leur ressemble.

Quelques photographies qui m'autoriseront peut-être à leur dire à mon tour Glück auf.

Cette exposition est une commande du Centre National des Arts Plastiques

Jacques Grison

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