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C’est l’histoire d’une disparition annoncée : celle d’un peuple riche de 5 000 ans d’histoire, de traditions et de mémoire. Surnommés le peuple oiseau ou les seigneurs de la mer, les Mohana sont les descendants des premiers peuples de la vallée de l’Indus dont les vestiges se trouvent à Mohenjo Daro, un site archéologique sur les bords du fleuve Indus. Ils ne sont plus aujourd’hui qu’une poignée à vivre dans le dernier village flottant du lac Manchar, dans la région du Sind, au sud du Pakistan. Le paradis de ces pêcheurs est aujourd’hui menacé par les déchets industriels qui empoisonnent les eaux de ce lac gigantesque aux allures de mer intérieure. Mes photographies témoignent de la fin d’un éden où hommes et nature ont vécu en harmonie pendant des millénaires.

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Je réalise des reportages au Pakistan depuis 2007, et depuis 2018 j’y passe six mois chaque année à travailler sur des sujets au long cours liés aux menaces qui pèsent sur l’environnement. C’est au Pakistan que j’ai eu connaissance de l’existence de cette communauté exceptionnelle et de son mode de vie millénaire. L’accès à ce peuple en voie d’extinction est complexe et nécessitait une logistique particulière pour atteindre cette région reculée. L’occasion s’est présentée en février 2020 grâce au Figaro Magazine qui avait déjà publié un sujet sur les hommes-oiseaux en 1992. Mon propos était de réaliser, trente ans après, un état des lieux actuel et porter la parole de ce peuple oublié de tous.

J’ai ressenti un choc profond en rencontrant les habitants nomades du dernier village flottant de cette tribu du Sind, sur le lac Manchar. Leur situation est bien pire que ce que j’avais imaginé. Les déchets industriels toxiques charriés par un canal qui se déverse dans le lac détruisent la faune et la flore. Jadis florissante et vendue sur tous les marchés de la région, la production de pêche des Mohana est aujourd’hui drastiquement réduite. La disparition de dizaines d’espèces de poissons a entraîné la baisse de fréquentation des oiseaux migrateurs, compagnons de pêche de tout temps des Mohana. C’est tout l’équilibre de la biodiversité qui est menacé.

Confrontés à des disettes récurrentes et à de violentes inondations, hommes, femmes et enfants sont de plus en plus affaiblis et souvent victimes du paludisme et de la tuberculose. Privés des ressources liées à la pêche, ces nomades venus du fond des temps sont contraints de quitter leur habitat traditionnel sur l’eau, les « bateaux-maisons », pour se sédentariser sur les rives dans des villages de huttes faites de boue séchée et de roseaux. La détresse de ce peuple unique et l’inéluctable compte à rebours annonçant la fin de leur mode de vie m’ont tellement serré le cœur que j’aimerais, à travers mes photographies, alerter le public sur la tragédie que vivent les Mohana, mais aussi faire réagir les décideurs locaux pakistanais afin d’enrayer ce drame à la fois humain et environnemental. Il y a urgence à sauver les derniers Mohana, peuple millénaire.

Sarah Caron

Je tiens à remercier tout particulièrement Cyril Drouhet, directeur de la photo et des reportages du Figaro Magazine, ainsi que la journaliste Caroline Laurent-Simon qui m’a accompagnée dans ce reportage.

Les derniers Mohana

Sarah Caron

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