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A quoi ressemble le massacre d’une population entière? Comment justifier, dans les camps de réfugiés du Darfour, face au traumatisme des femmes soudanaises aux enfants mal nourris, la nuance entre « actes de génocide » et génocide à proprement parler?

Depuis 2003, le conflit au Darfour et au Tchad a fait plus de 200 000 morts et provoqué le départ de quelque 2,5 millions de personnes fuyant les raids meurtriers des janjawid, milices arabes du Soudan qui opèrent de part et d’autre de la frontière. Wangari Maathai, écologiste kenyan et lauréat du prix Nobel de la paix, explique : « C’est, de la lorgnette d’un observateur extérieur, une simple guerre tribale, mais, de fait, il s’agit d’une lutte pour la maîtrise d’un environnement qui n’est plus en mesure de répondre aux besoins de tous ceux qui y vivent.» Les victimes de cette guerre civile, ce sont des enfants qui meurent du choléra, du froid ou encore de malnutrition ; ce sont des femmes qui, sortant du camp de réfugiés pour aller chercher de l’eau, sont assaillies par de sombres personnages en monture, puis violées. (Un homme surpris hors du camp ne revient jamais en vie.)

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Comme au Rwanda en 1994, ce sont les clivages ethniques qui ont déclenché la violence. Le Soudan se trouve à califourchon sur la frontière ethnique qui sépare les tribus de nomades arabes de l’Afrique du Nord des tribus noires de l’Afrique subsaharienne, tel que le peuple Four (Darfour signifie « Terre des Four »). Au Soudan, la population noire dénonce un traitement de faveur du gouvernement envers la population arabe, qui aurait plus facilement accès à l’eau et aux terres de pâturage. La quasi-totalité des bénéfices des nouvelles exploitations pétrolières est engrangée par des Arabes de Khartoum. En 2003, les rebelles du Darfour se mirent à viser le gouvernement, lequel répliqua promptement en envoyant des hélicoptères incendier des villages noirs. Passée cette dévastation, les janjawid, soutenues par le gouvernement, parcoururent le pays à cheval ou à chameau, violant les femmes et réduisant les villages en cendres. Ces milices avaient pour ordre de traquer les rebelles dans leurs villages et étaient libres de massacrer, détruire et brûler tout sur leur chemin.

« Ils ont violé nos femmes pour s’assurer que nous ne puissions jamais les oublier », nous déclara un aîné d’un village du Darfour. « Les villageois ne reconnaissent pas les enfants du viol comme leurs propres enfants et ne les aiment pas comme tels. A leur seule vue, ils revoient l’horreur du violeur janjawid. »

Le bilan, quatre ans plus tard, est celui d’un lent génocide de la population civile noire, dont plus de 200 000 individus ont trouvé la mort. Plus de deux millions d’entre eux sont aujourd’hui réfugiés dans des camps, démunis et souvent séparés des leurs. Ce qui n’était qu’une tentative de mater une rébellion s’est métamorphosé en exercice de pouvoir à grande échelle pour le gouvernement soudanais du président Bashir.

Le conflit actuel germa alors que le nord et le sud du pays s’affrontaient encore en une guerre civile qui allait coûter la vie à 1,5 million de personnes. Depuis la fin de cette guerre en 2004, le gouvernement soudanais n’a montré aucun empressement à désarmer les janjawid et a préféré les aider et les encourager dans leurs actes en leur fournissant un soutien aérien et des armes pour semer la destruction chez de vulnérables agriculteurs noirs. En août 2007, après quatre années de débat, les Nations unies sont enfin arrivées à un accord prévoyant le déploiement d’un contingent de maintien de la paix de 26 000 militaires afin de mettre un terme à la violence et de renforcer les efforts humanitaires déjà en place. Malheureusement, pour des centaines de milliers de victimes, cette aide arrive trop tard.

Aujourd’hui, la situation est sensiblement plus complexe : le gouvernement distribue des armes à tous les groupes arabes ou africains sans distinction, prêts à se déclarer contre les rebelles, et va parfois jusqu’à fournir des armes aux deux partis d’un même conflit local. Aussi, la guerre s’est propagée au Tchad et en République centrafricaine. Depuis novembre 2006, le Tchad oriental a accueilli plus de 200 000 personnes déplacées en raison des raids janjawids aux frontières. Au cœur de l‘attentisme et de la propagation du conflit se trouve la volonté de maintenir la population sous le joug d’une crise constante, de « diviser et détruire pour mieux régner », afin de pérenniser, pour une même minorité, les bénéfices du pétrole. Résultat : un génocide étouffé.

Jan Grarup

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