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Après avoir achevé en 2014 Encerrados, voyage photographique de dix ans au cœur de 74 prisons sud-américaines, j’ai décidé de poursuivre mon exploration du monde des détenus dans les prisons italiennes. Prigionieri, Encerrados et Paco composent une trilogie sur la liberté perdue. Ce deuxième voyage dans l’univers carcéral a pour objectif d’étudier les conditions de vie et le quotidien des prisonniers des centres de détention italiens, et de comprendre leurs difficultés, leurs besoins et leurs émotions. Les prisons sont un miroir de la société, reflet de faits divers ou de grandes crises économiques et sociales. En Italie, il existe 190 centres pénitentiaires, dont 55 sont des centres pour femmes. J’ai travaillé dans dix de ces prisons pendant quatre ans et j’ai réalisé combien le système carcéral italien souffre de surpopulation, de l’inactivité des détenus et de structures précaires. Ces dernières années, lentement, la situation s’est améliorée dans certaines prisons, mais les conditions de détention sont toujours très difficiles et les prisonniers souffrent de l’isolement. Dans ces « non-lieux », les personnes privées de liberté tentent de reconstruire des habitudes et des liens, tout en cherchant une solution à un avenir, qui bien souvent n’existe pas. L’État ne fait aucun effort pour la réinsertion de ceux qui ont passé plusieurs années en prison, et beaucoup y retournent peu après en être sortis.

J’ai pu entrer dans les prisons de haute sécurité où sont incarcérés des hommes de la Camorra et de la mafia, comme Poggioreale à Naples, et l’Ucciardone à Palerme. J’ai étudié la réalité des colonies pénitentiaires où les prisonniers sont partiellement libres et peuvent travailler en dehors de la prison, comme à Isili en Sardaigne. Je me suis immergé dans l’univers carcéral des femmes : l’ancien monastère de Venise, San Vittore à Milan, et Rebibbia à Rome. Je suis allé aussi bien dans de petits établissements que d’énormes centres pénitentiaires. J’ai pu découvrir de nouvelles structures comme la prison de Capanne à Pérouse, ou de petits instituts comme à Sant’Angelo dei Lombardi. Mais avant tout, j’ai été très proche des détenus : j’ai déjeuné avec eux dans leurs cellules, écouté leurs histoires, partagé leurs joies et leurs peines. Nous avons vécu des moments qui semblaient ceux du quotidien. Ces photos sont aussi le fruit de tous ces instants passés ensemble. Je pense de plus en plus que la prison ne doit pas être seulement punitive, elle doit aussi offrir une nouvelle chance à celui qui est incarcéré. Durant ces quatre années, j’ai eu l’opportunité de connaître le monde des prisons italiennes de l’intérieur et j’ai perçu une immense solitude. Les détenus sont en permanence en contact les uns avec les autres et pourtant ils sont toujours seuls, à chaque moment de la journée. Prisonniers est un projet à la recherche de l’âme de ces personnes privées de liberté. C’est un travail d’analyse anthropologique, sociologique et photographique sur l’être humain, qui fait partie d’une étude plus large sur le monde des invisibles. Ceux qui sont oubliés, marginalisés, abandonnés. J’ai toujours pensé que pour photographier la réalité en profondeur, il est important de savoir attendre et de faire correspondre ce que nous ressentons avec ce que nous voyons. Il faut du temps pour raconter une histoire.
Valerio Bispuri

Valerio Bispuri

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