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Lauréat du Prix de la Ville de Perpignan Rémi Ochlik 2020

Cela faisait trois ans et demi que je travaillais en tant que photographe en chef pour le bureau de l’AFP à Hong Kong lorsque les manifestations ont commencé l’an dernier. Avant cela, j’étais directeur de la photographie au bureau photo de l’Asie-Pacifique, toujours à Hong Kong, et je faisais quelques missions pour aider mon prédécesseur. J’ai également été appelé en renfort lors des grandes manifestations du « mouvement des parapluies » de 2014. Mon travail pour l’AFP consistait généralement à sillonner les rues de la ville pour prendre des photos du quotidien, à collaborer avec mes collègues sur de grands reportages riches en images et à faire des portraits lors d’interviews ou conférences de presse. Je couvrais également les grands rassemblements comme ceux du 1er juillet où la ville commémore la rétrocession de Hong Kong à la Chine, ou pour la fête nationale, le 1er octobre. J’étais constamment occupé, mais les missions les plus exigeantes étaient celles que j’effectuais à l’étranger pour l’AFP.

Le 9 juin 2019 à Hong Kong, lorsque la population commence à manifester contre le projet de loi d’extradition, tout le monde est surpris bien sûr, mais rien ne préfigurait alors que cette contestation allait prendre la même ampleur qu’en 2014. À mon retour de vacances, le lendemain de la manifestation, je demande à mes collègues s’ils s’attendent à d’autres événements similaires au cours des jours suivants, mais ils me répondent que c’est peu probable. Si des mouvements de contestation continuent à éclater ici et là, aucun signe concret ne laisse présager de ce qui va se passer. Le 12 juin, je me dirige vers le centre-ville, fatigué de trop peu de sommeil. En sortant de la station de métro Admiralty, près du complexe du Conseil législatif, je n’en crois pas mes yeux. Une véritable marée humaine déferle dans les rues comme en 2014. Les manifestants escaladent les barrières qui séparent les trottoirs de la circulation. Je reste figé à fixer la scène, ne sachant ni par où ni comment couvrir un tel événement. Je finis par reprendre mes esprits. Quelqu’un m’aide à monter sur la barrière d’où je prends mes premières photos avant de les envoyer à mes collègues qui les valident rapidement. Au téléphone, mon chef me demande si tout va bien et me dit qu’il s’est organisé pour qu’un autre photographe de l’AFP vienne me seconder. Hong Kong devient tout à coup le sujet principal de l’actualité internationale et je vais devoir apprendre à coordonner une équipe de photographes et à assurer la couverture de cet événement. Plus tard ce jour-là, j’expérimente pour la première fois les effets du gaz lacrymogène ; je prends peur en entendant les tirs de cartouches et ne sais où aller. L’AFP m’avait fait faire une formation pour apprendre à agir en situation de conflit et fourni le meilleur équipement de protection, mais je me sens maladroit en m’empressant d’enfiler mon masque à gaz et mon casque. Je me colle contre un mur pour éviter les projectiles lancés par les manifestants et les grenades lacrymogènes. Je sais qu’il faut trouver le courage de m’éloigner de ce mur pour photographier ce chaos. Au cours des semaines et des mois qui suivent, ces scènes se banalisent et les rassemblements deviennent plus violents et intenses. Des photographes AFP de la région Asie-Pacifique sont mobilisés pour venir renforcer l’équipe. Des directeurs photo de l’AFP ainsi que des photographes indépendants basés à Hong Kong sont aussi sur le terrain avec moi depuis le premier jour, ce qui me permet de passer un peu de temps avec ma famille. Souvent, je dors à l’hôtel ou là où je peux afin d’assurer une couverture vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Je rentre ensuite chez moi où je me dois d’être un parent normal pour mes deux jeunes enfants, et un mari pour ma femme. J’ai parfois l’impression de vivre deux vies distinctes. Je dédie ce prix à mes collègues du bureau de Hong Kong, à mon équipe de photographes, aux directeurs photo de l’AFP, ainsi qu’à ma famille et à mes amis qui m’ont tous soutenu pendant cette mission difficile et qui n’est pas terminée.

Anthony Wallace

Anthony Wallace

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