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Lauréat du Prix de la Ville de Perpignan Rémi Ochlik 2019

Entre ombre et lumière, un couple s’étreignait sous un arbre par un après-midi venteux à Caracas, la ville du printemps éternel. Ils étaient tombés amoureux avant même d’oser se toucher, et saisissaient désormais chaque occasion comme si c’était la dernière. Et ce pourrait être la dernière. « Il n’y a plus rien pour nous ici à part la mort », a dit l’adolescent tout en l’enlaçant tendrement. Dans moins d’une semaine, ils traverseraient le pont Simón Bolívar pour rejoindre une diaspora de plus de 3,5 millions de personnes.

Les Vénézuéliens constituent la plus grande population de réfugiés au monde après les Syriens. Le Venezuela affiche l’un des plus forts taux d’homicide et a battu des records d’inflation. Les salaires sont parmi les plus faibles et la pauvreté parmi les plus élevées de la région. Le pays détient aussi le record de reines de beauté couronnées, ainsi que l’un des plus forts taux de grossesses adolescentes. Tandis que des millions de personnes fuient, d’autres tentent de survivre. Beaucoup n’y parviennent même pas.

L’effondrement du Venezuela a des causes et des effets mesurables et bien connus. Mais les chiffres seuls ne peuvent pas traduire ce que l’on ressent quand on voit son pays s’écrouler. On peut seulement le montrer. Le Venezuela est un pays riche en pétrole, qui portait auparavant tous les espoirs et les attentes de l’Amérique latine. Un pays de cocagne, une terre pleine de promesses. Il y a aujourd’hui une dissonance permanente entre les souvenirs du passé et la réalité brutale du présent, l’horreur de la vie quotidienne.

J’ai commencé Paradis perdu en 2012 en tant que reportage sur la montée de la violence au Venezuela. C’est devenu désormais un carnet photographique sur un pays qui sombre dans le chaos ; un projet personnel, toujours en cours, qui s’intéresse particulièrement à la complexité de la crise et aux zones grises qui sont souvent absentes des analyses habituelles. Il y a la nostalgie de vivre dans un pays qui est le sien mais que l’on ne reconnaît plus. Sauf dans la beauté qui rejaillit de temps à autre lorsque l’on s’accroche désespérément à ses souvenirs pour tenter de se sentir de nouveau chez soi, et ne pas se sentir complètement étranger.

Voici des rencontres quotidiennes avec la violence sous toutes ses formes, et même maintenant la violence de l’État. Une tourmente politique persistante et une beauté naturelle qui jamais ne cédera à la déchéance. Ensemble, ces récits montrent une situation intenable alors que la promesse d’un rêve s’est transformée en cauchemar. C’est là, entre beauté et horreur, que se trouve ce paradis perdu. Voici un témoignage de ce que nous ressentons à regarder notre pays mourir.
Adriana Loureiro Fernandez

Adriana Loureiro Fernandez

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