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A la fin des années cinquante, la tuberculose fut vaincue grâce à la médecine. Mais la maladie est réapparue sous des formes résistantes aux médicaments, et constitue aujourd’hui une menace encore plus terrifiante. La négligence du corps médical, l’incurie politique, la pauvreté et la propagation du SIDA ont permis à la tuberculose de se muer en Capitaine des Armées de la Mort.

La tuberculose fait plus de victimes que toute autre maladie infectieuse au monde. Elle tue plus que le paludisme et le SIDA réunis. 35 millions de personnes y succomberont au cours des 20 prochaines années.

L’OMS a identifié un certain nombre de régions autour de la planète qui sont autant de “points chauds” pour la tuberculose. Les pays de l’ancienne Union Soviétique en font partie.

Après la décomposition de l'Union Soviétique, le système étendu et centralisé de contrôle de la tuberculose n'a plus été en mesure de contrer l'essor de la maladie. La détérioration des conditions de vie, associée à l'insuffisance des soins, a donné lieu à une augmentation de la population à risque. Ce risque est désormais une réalité : la tuberculose est devenue le principal problème sanitaire de la région.

Traitée de façon anarchique et incomplète avec des médicaments du "marché noir", une importante population est devenue multi-résistante, c'est à dire résistante à toute une gamme de pharmaceutiques. Le travail du germe tueur, qui se propage dans l'air, est facilité par la mauvaise alimentation et le surpeuplement des sanatoriums et des prisons. On estime qu'un tuberculeux mal traité infecte entre 9 et 12 autres personnes, soit au moins 3,5 millions de cas résistants aux médicaments dans la seule Russie. Si l'on ajoute à l'équation les migrations et les déplacements modernes, la menace que présente la tuberculose pharmaco-résistante acquiert une dimension planétaire. La forme résistante de la maladie coûte cinq fois plus cher à traiter que la forme première.

Il n'existe aucun programme crédible de lutte contre la tuberculose pharmaco-résistante dans l'ancienne Union Soviétique; il ne reste donc à ces patients qu'à espérer et à prier. La population carcérale est particulièrement touchée. Au moins 110.000 détenus en Russie sont affectés par la tuberculose. "Si vous étiez un terroriste à l'esprit diabolique et vouliez fabriquer une forme de tuberculose multi-résistante, vous créeriez un environnement et un système de santé tels que celui des prisons russes", déclare le Dr. Lee B. Reichman (directeur Général du Centre National pour la Tuberculose de la New Jersey Medical School). Dans ces établissements abritant plus d'un million de prisonniers, être condamné au goulag, déjà sombre, surpeuplé et insalubre, c'est être condamné à une mort lente et douloureuse.

Il n'y a que quelques rares zones isolées en ancienne Union Soviétique où des patients ou prisonniers souffrant de tuberculose non résistante reçoivent un traitement de fond contre la maladie. Une ONG occidentale fournit aux autorités russes un modèle qui s'inspire des programmes DOT ("Directly Observed Therapies") de l'Organisation Mondiale de la Santé.

Sans volonté politique et sans financement permettant de mettre en oeuvre des programmes de contrôle efficaces à l'échelle de toute la région, les cellules noires, vétustes et insalubres des goulags et des sanatoriums continueront d'être un terrain propice au développement de la tuberculose multi-résistante.

En 1993, l'OMS déclarait la tuberculose urgence mondiale. "Si rien n'est fait pour arrêter sa progression, alors plus tard, ........", disait-elle. Plus tard, c'est maintenant. Nous avons fait entrer dans le 21ème siècle un tueur dont la seule place aurait dû être dans les livres d'histoire.

Gary Calton

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