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Un regard intime sur l’Église fondamentaliste de Jésus-Christ des saints des derniers jours (FSDJ), secte mormone des plus fermées.

Avant 2008, rares étaient ceux à avoir entendu parler de l’Église fondamentaliste de Jésus-Christ des saints des derniers jours (FSDJ). Au mois d’avril de la même année, une descente des forces de l’ordre sur leur ranch « Yearning for Zion », situé dans un endroit reculé de l’ouest du Texas, allait les propulser sur le devant de la scène. Pendant plusieurs jours, les téléspectateurs furent les témoins d’un étrange spectacle : des équipes de travailleurs sociaux et d’agents de police embarquant dans des cars scolaires des centaines d’enfants et de femmes, toutes vêtues de robes traditionnelles et aux coiffures particulièrement apprêtées.

À l’origine du raid, un appel téléphonique reçu par un refuge pour victimes de violence conjugale, dans lequel une adolescente de 16 ans se plaignait d’abus sexuels et physiques par son mari, un homme d’âge mûr. Il s’agissait d’une farce mais l’appel fut pris au sérieux car il provenait d’un ranch dont les résidents étaient disciples de l’Église FSDJ, connue pour sa pratique de la polygamie. En mai 2006, un certain Warren Jeffs, le « prophète » de l’Église FSDJ, avait été inscrit sur la liste des dix fugitifs les plus recherchés du FBI. L’homme avait fui pour éviter les poursuites judiciaires dont il faisait l’objet dans l’État de l’Utah pour une affaire de mariages illégaux entre des disciples mâles adultes et des mineures.

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En passant du temps avec la communauté FSDJ, je me suis fait une opinion plus mitigée que ce que j’avais pu entendre aux informations. Parce qu’il s’agit d’une communauté repliée sur elle-même, il m’a fallu du temps avant de pouvoir nuancer mon point de vue initial.

Forte de ses 10 000 membres, l’Église FSDJ est aujourd’hui l’une des plus grandes confessions fondamentalistes mormones et l’un des principaux groupes à pratiquer le mariage plural aux États-Unis. Elle apparaît au début des années 1900, née d’une scission d’avec l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (Église SDJ). Le différend portait principalement sur la décision de l’Église SDJ d’interdire la polygamie et d’excommunier tous ceux qui pratiquaient le mariage plural. Le centre principal de l’Église FSDJ se trouvait initialement près de la frontière sud de l’Utah, à ce qui s’appelait à l’époque Short Creek, Arizona. Après une forte extension jusque dans l’Utah, le centre finit par être intégré dans les villes jumelles de Hildale (Utah) et Colorado City (Arizona).

Ils entourent leurs maisons trop grandes de murs trop grands, conçus pour que les enfants puissent jouer en toute sécurité, mais aussi pour protéger leurs familles de ceux que les mormons surnomment les « gentils ». Les habitants sont incités à rester discrets : dans un pays où la polygamie est illégale, les hommes de cette communauté peuvent avoir entre deux et une vingtaine de femmes, sans compter leurs hordes d’enfants. La pratique de la polygamie, ici appelée le « principal », ne fait que rarement l’objet de poursuites judiciaires dans les États du sud-ouest à prédominance mormone. Effectivement, le « principal » fut établi par Joseph Smith, le fondateur même du mormonisme. Bien qu’une grande partie des mormons ait abandonné cette pratique, la plupart d’entre eux restent les descendants de parents polygames.

Après le raid, j’ai passé plusieurs mois au Texas à m’informer sur l’Église FSDJ avant même de prendre une seule photographie. À force de persévérance, et notamment grâce au soutien de grandes publications comme National Geographic ou The New York Times Magazine, j’ai fini par obtenir un accès que personne d’autre « de l’extérieur » n’avait pu avoir jusque-là. Même avec l’autorisation de Warren Jeffs en personne, alors en prison, j’avais l’impression de revenir chaque jour à la case départ. Je devinais chez eux un sentiment de persécution, une crainte que je dévoile leur mode de vie au monde entier.

Sans être forcément d’accord avec les croyances et actions de l’Église FSDJ, je suis reconnaissante d’avoir eu cette occasion rare de témoigner de cette communauté et de ses efforts pour survivre dans ce qui, à leurs yeux, est une bataille pour la foi et une lutte contre des autorités qui veulent éradiquer leur mode de vie non conventionnel.

Stephanie Sinclair

Stephanie Sinclair

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