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Dans les médias, Haïti apparaît généralement sur fond de catastrophes naturelles, de misère et de violence, alors que l’angle du mariage adopté par Valérie Baeriswyl met en avant un désir d’amour et de célébrations qui brille dans l’obscurité. Au début de sa carrière, Valérie Baeriswyl faisait des photos de mariage en Suisse, son pays natal. Lorsqu’elle s’installe en Haïti en 2015, elle est naturellement attirée par les mariages qui y sont célébrés, mais choisit de les présenter comme une fenêtre sur la société haïtienne et l’âme humaine.

« Lorsque deux personnes décident de s’engager pour la vie dans un pays souvent considéré comme l’enfer sur terre, on ne peut qu’être émerveillé devant ce témoignage de foi et d’espoir », déclare la photographe qui, au fil des ans, s’est parfaitement intégrée à la société haïtienne et parle couramment le créole haïtien.

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Pendant cinq ans, elle parcourt ce pays pauvre des Caraïbes en bateau, à moto, en camion et même à dos d’âne. Elle photographie toutes sortes de mariages, des petites cérémonies modestes dans un bidonville ou à la campagne, des célébrations de classe moyenne dans une salle des fêtes locale, jusqu’aux grandes soirées fastueuses dans les belles villas de la capitale. Elle découvre que les mariages offrent un formidable aperçu des traditions du pays, de l’américanisation de la culture haïtienne, de l’immense fracture sociale et de la résilience des habitants.

Pour se marier, les couples doivent surmonter de nombreux obstacles, de la pauvreté aux coupures de courant, en passant par les troubles civils et les ouragans. Dans un pays où plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (avec moins de 2,41 dollars par jour), seuls les plus riches peuvent s’offrir une cérémonie de mariage grandiose, une réception somptueuse et une lune de miel. La plupart doivent faire preuve d’ingéniosité pour trouver des solutions. Certains organisent des mariages collectifs afin de partager les frais de la cérémonie religieuse. Pour la réception, il n’est servi parfois que des bananes plantains frites, du riz et de la viande, mais cuisinés par la communauté dans un esprit général de solidarité. Le gâteau n’étant pas toujours assez grand pour que chacun ait une part, il est présenté à tous avant d’être rapporté à la maison pour être dégusté par les jeunes mariés et leurs proches. Certains couples louent un véhicule pour la journée, un pick-up ou des motos-taxis pour eux-mêmes et leurs invités, tandis que d’autres partent à l’église à pied, traversant les collines, en nage dans leurs habits de noces sous une chaleur étouffante. Quand des proches vivent à l’étranger, ils peuvent jouer le rôle de « parrains » ou témoins et apporter une aide financière, notamment pour acheter la robe de la mariée bien que la plupart se contentent de louer leur robe.

Valérie Baeriswyl est émerveillée de constater que malgré un budget parfois limité, les cérémonies nuptiales haïtiennes ne manquent jamais de panache. À l’église, le cortège peut inclure des amis jouant le rôle du roi et de la reine, tandis que les demoiselles et garçons d’honneur sont souvent habillés dans un style si similaire à celui des mariés qu’il est alors difficile de savoir qui se marie.

« Ce que je sais d’Haïti, je ne l’ai pas appris dans les débats politiques ou les cliniques pour les victimes du choléra, mais dans un cadre magique plein de paillettes et de symboles lorsque deux personnes choisissent de se dire oui, pour le meilleur ou pour le pire. »

Valérie Baeriswyl

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