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En Birmanie, les espoirs de paix et de démocratie se sont évanouis. La nation d’Asie du Sud-Est est aujourd’hui embourbée dans le conflit et le chaos. Plusieurs décennies de régime militaire répressif et de mauvaise gouvernance ont créé un climat de violence, de violations des droits de l’homme et de misère chronique. Les avancées vers un changement démocratique ont été anéanties l’année dernière, lors d’un coup d’État militaire le 1er février 2021. Dans un contexte de résistance violente et de guérilla menée par des milices et des groupes armés ethniques nouvellement formés, plus de 1 500 civils ont été tués.

Dans la ville de Demoso, dans l’État de Kayah, des bâtiments détruits et des rues désertes témoignent de l’intensité des affrontements. La majeure partie de la région est sous le contrôle de l’aile armée du gouvernement en exil, et de l’Armée karenni (KA), l’aile armée du Parti national progressiste karenni (KNPP) qui combat les forces armées birmanes, la Tatmadaw, depuis plus de 70 ans.

Maw Soe Myar* n’est pas une enfant comme les autres. La fillette d’un an a vu son monde bouleversé par la cruauté d’un régime qui a plongé son pays dans la violence et l’incertitude, contraignant des milliers de familles comme la sienne à fuir. Tout s’est évanoui : les voix familières des voisins qui résonnaient dans le village, les couleurs vives des tapis de sa maison, les murmures de ses parents qui la berçaient le soir. Ce qui reste, c’est le regard sombre et silencieux de sa mère, Maw Pray Myar*, qui la porte à travers les vallées rocheuses, les forêts de teck et les herbes à éléphant, hautes, coupantes, qui griffent sa peau. Chaque pas est calculé pour éviter de trébucher et de blesser sa fille. La famille traverse le fleuve Salouen et s’aventure dans une épaisse forêt de bambous, vers la frontière avec la Thaïlande, vers la sécurité. Des centaines de familles de déplacés y ont trouvé refuge contre la répression brutale du régime. Dans un autre camp de déplacés internes près de Demoso, une femme fait part de ses inquiétudes tout en gardant un œil sur ses trois enfants qui jouent un peu plus loin, sous un ciel d’azur. « Nous vivons toujours dans la peur des frappes aériennes de l’armée. Nous savons qu’il est facile pour eux de s’en prendre aux civils. Et c’est ce qu’ils font. »

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Le 24 décembre 2021, lors d’une attaque menée par la Tatmadaw dans le canton de Hpruso (État de Kayah), au moins trente-cinq personnes, dont quatre enfants et deux travailleurs humanitaires, ont été brûlées vives. Le 17 janvier 2022, une frappe aérienne sur un camp de déplacés aurait tué deux jeunes sœurs pendant qu’elles dormaient ainsi qu’un homme âgé à proximité, et blessé des centaines de personnes.

Contre toute attente, un esprit de solidarité s’est développé au sein de toute la population au cours de l’année passée. De nombreuses personnes dans les villes comme à la campagne semblent s’être ralliées à la cause, laissant de côté leur vie quotidienne pour contribuer comme elles le peuvent au combat pour un avenir libéré du régime militaire. Dans un hôpital tenu secret près de Loikaw, la capitale de l’État de Kayah, trente étudiants en médecine qui ont rejoint le mouvement de désobéissance civile se retrouvent de facto médecins et traitent les patients avec les rares fournitures médicales disponibles. Une étudiante en médecine de Rangoun âgée de 22 ans qui a rejoint le soulèvement décrit la situation : « Nous manquons de médicaments pour soigner les blessés. Nous devons en rediriger beaucoup vers d’autres hôpitaux, loin d’ici, ce qui oblige à passer par des zones contrôlées par l’armée. » Elle s’arrête devant le lit d’un garçon de 8 ans souffrant de graves brûlures aux jambes. « Nous faisons de notre mieux avec ce que nous avons. »

Siegfried Modola

Les noms ont été modifiés.

Toutes les photos de l’exposition ont été prises dans l’État de Kayah, dans l’est de la Birmanie.

Siegfried Modola

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© Laure Modola
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