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Lauréat·e : Visa d’or humanitaire du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) 2021

La photographie a ouvert la boîte de pandore d’une mémoire enfouie en moi. Né en France, j’ai entrepris il y a trente ans dans la pénombre une quête vers la lumière en cherchant à mettre en images les récits légués par mes grands-parents rescapés d’un génocide, celui des Arméniens en 1915. Jusqu’en 2015, j’ai constitué une fresque en noir et blanc chargée de la mémoire d’un monde anéanti, cherchant la trace de vestiges engloutis dans des lieux empreints du vide laissé par l’effacement d’un peuple.

Il y a six ans, j’ai décidé d’ouvrir une nouvelle page dans mon travail en passant à la couleur et initier ainsi une symbiose entre mémoire et histoire. Tout en restant dans l’évocation, je souhaitais par cette rupture esthétique intégrer le réel dans ma démarche, afin que le présent se superpose au passé. Cynique dialectique de l’histoire où l’on retrouve, avec l’État islamique et sur le même théâtre, l’éveil des stigmates légués par l’Empire ottoman au crépuscule de son existence.

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La Turquie est l’héritière d’un crime impuni sur lequel s’est bâtie sa république en 1923, assimilant dans cet héritage une haine et une violence consubstantielles à l’impunité dont elle a bénéficié. Par son déni, elle est dans la quête perpétuelle d’un ennemi intérieur qu’elle veut tenir pour responsable de tous ses maux. Hier les Arméniens, aujourd’hui les Kurdes.

Le 27 septembre 2020, l’Azerbaïdjan, qui revendiquait la souveraineté d’un territoire qui lui fut arbitrairement offert par Staline en 1921, attaquait la république d’Artsakh (Haut-Karabakh), majoritairement peuplée d’Arméniens, dans une vaste offensive militaire orchestrée par la Turquie. Dans un silence assourdissant et bénéficiant d’une inertie suspecte de la Russie, une puissante coalition militaire équipée d’armes modernes, et épaulée par des djihadistes transférés de Syrie par la Turquie, maintiendra l’offensive pendant 44 jours sur cette petite république habitée par un peuple présent sur ces terres depuis l’Antiquité.

Le discours historique de Jean Jaurès, « Il faut sauver les Arméniens », qu’il prononça à la Chambre des députés en 1896 et qui dénonçait les massacres hamidiens commis contre les Arméniens, est plus que jamais d’actualité. Soutenu par des intellectuels tels que Georges Clemenceau ou Anatole France, il interpellait déjà le gouvernement français sur les massacres perpétrés à l’encontre des Arméniens par le Sultan.

L’offensive turco-azerbaïdjanaise sur l’Artsakh à l’automne 2020 constitue bel et bien le parachèvement du processus génocidaire initié il y a cent ans par le gouvernement des Jeunes-Turcs. Il conduisit à la presque totale disparition des populations chrétiennes autochtones – arméniennes, grecques, syriaques et chaldéennes – de l’Empire ottoman.

Antoine Agoudjian

Le choix du jury du Visa d’or humanitaire ne reflète pas les positions du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Antoine Agoudjian

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