Lauréat du Visa d’or humanitaire du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) 2018

Un an. C’est le temps qu’il aura fallu à Véronique de Viguerie pour accéder au nord du Yémen, territoire interdit aux journalistes où la colère saoudienne gronde dans le ciel et s’abat sans relâche sur des millions de civils pris en étau.

Il y a quatre ans, la progression rapide de la rébellion houthie dans cette zone fracturait le pays en deux. Ce qui pouvait apparaître comme un conflit régional a très vite dépassé les frontières pour le jeu des influences extérieures.
Au nord-ouest, les miliciens chiites Houthis soutenus par l’Iran. Au sud et à l’est, les loyalistes sunnites soutenus par l’Arabie saoudite et une coalition puissante, armée notamment par les États-Unis.

Pour défendre sa frontière et son hégémonie face au grand rival chiite, la réponse de l’Arabie saoudite fut féroce.
Dans un silence assourdissant, les bombes pleuvent sur Sanaa, Saada et leurs alentours, au mépris des dommages collatéraux et de la terrible crise humanitaire qui dégénère sous les yeux impuissants des organisations humanitaires. Pire : un blocus – arme de guerre à part entière – imposé depuis le 6 novembre 2017 coupe les dernières ressources et affame une population déjà à genoux.

Au moment du reportage, ce discret massacre dénombrait 15 000 morts et 3 millions de déplacés. Insupportable. Depuis trois ans déjà, l’histoire de cette péninsule lointaine s’écrit dans le sang et la faim, sous la cape des alliances diplomatiques, sous la coupe des groupes armés qui font ouvertement des journalistes leurs plus beaux gibiers.

Une guerre cachée. Un sujet impossible. Tout un lexique que Véronique de Viguerie et Manon Quérouil-Bruneel, sa sœur de plume, aiment à contredire, faisant sauter les verrous un à un, dont celui de notre rédaction.

Sur un tel sujet à haut risque, nous savions que leur ténacité pouvait jouer contre elles. Véronique n’a qu’une crainte : passer à côté d’une photo. Nous en avions beaucoup d’autres. Véritable Bergerac du journalisme, elle « n’abdique pas l’honneur d’être une cible ». Cela peut en déstabiliser plus d’un, mais « à la fin de l’envoi, elle touche », et toujours nos cœurs.
L’aristocratie du photojournalisme a désormais la gouaille chantante du sud de la France. Faisant des difficultés une aubaine, « Véro » trace sa route pavée de coups d’éclat et de scoops internationaux. Sa botte secrète : parvenir à raconter l’humain derrière des enjeux géopolitiques complexes. Son leitmotiv : pourfendre frontières, murs et barrages pour photographier là où le monde est aveugle.

En contact permanent avec notre journal lorsqu’elles étaient dans le guêpier yéménite, nous avons craint pour la sécurité de nos journalistes. Nous espérions juste leur retour et quelques images inédites. Véronique et Manon sont rentrées, plus tard que prévu certes, mais avec plus de 500 photos et 8 heures de rushs vidéo. Un témoignage exceptionnel, qui a fait d’une guerre oubliée l’un des plus grands sujets de l’année.
À l’impossible, nul n’est tenu. Sauf peut-être Véronique, qui le prouve à nouveau avec cette exposition.

Jérôme Huffer
Chef du service photo de Paris Match

Véronique de Viguerie

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benoit pailley
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