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Le 24 septembre 1997, place de l’Indépendance, en plein coeur de Kiev, capitale de l’Ukraine, je photographiais un homme qui vendait Mein Kampf, parmi d’autres livres nationalistes et fascistes.

Quatre jours plus tard, dans la même ville, on commémorait le massacre de Babi Yar, un quartier de Kiev, où 33 000 personnes furent assassinées par les nazis, les 29 et 30 septembre 1941.

Mes grands-parents et leur plus jeune fille âgée de onze ans furent arrêtés à Clermont-Ferrand le 18 novembre 1943. Ils étaient partis pour le voyage au bout de la nuit.

Les 33 000 personnes massacrées à Babi Yar et mes grands-parents avaient en commun le fait d'être juifs. C'était suffisant aux yeux des nazis et des collaborateurs français pour les envoyer à une mort terrible. Ils faisaient tous partie de ce qui était à l'époque la plus grande minorité d'Europe.

L'effondrement du communisme a fait exploser la chape de plomb sous laquelle couvaient, depuis des décennies, tensions et conflits. Des peuples, des minorités nationales ou religieuses ont soudain pu revendiquer leur propre identité. La résurgence de ces aspirations prend aujourd'hui la forme d'une éruption nationaliste difficilement contrôlable.

Après un siècle, voire plus, d'humiliation et de silence, même si le système politique de ces pays n'est plus totalitaire, la démocratie n'en est qu'à ses balbutiements. Un nouvel ennemi intérieur s'est substitué à l'ennemi de classe désigné hier par la dictature du prolétariat. C'est aujourd'hui celui qui parle une autre langue, qui embrasse une autre religion, qui possède une culture différente. Albanais du Kosovo, tchéthènes et kalmouks de Russie, juifs d'Ukraine, tatars de Crimée, arméniens du haut-Karabakh... Ces populations-là se trouvent dans une situation minoritaire.

Ce travail a obtenu en 1997 le prix W.Eugene Smith pour la photographie humaniste.

Alain Keler

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