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Lauréate de la Bourse Canon de la Femme Photojournaliste 2018

C’est l’histoire de la vie quotidienne de deux communautés vivant côte à côte dans la région de la baie de San Francisco en Californie. D’un côté, Palo Alto et ses fortunes colossales amassées par l’industrie technologique de la Silicon Valley. De l’autre, East Palo Alto, qui s’étend en partie de l’autre côté de la route 101, où la communauté a été tenue à l’écart de ces fortunes. Une grande artère, University Avenue, traverse le cœur de ces deux municipalités.

Selon le Bureau du recensement américain, le revenu moyen par an et par habitant à Palo Alto s’élève à 82 576 dollars, et 6 % des résidents vivent en dessous du seuil de pauvreté. Les millionnaires et les milliardaires, notamment les cadres supérieurs d’entreprises telles que Apple et Facebook, y ont élu domicile. Pour les voisins d’à côté, à East Palo Alto, la situation est tout autre : le revenu moyen par an et par habitant est de 22 068 dollars, et ils sont 13,7 % à vivre sous le seuil de pauvreté.

Le faible statut socio-économique de la municipalité d’East Palo Alto remonte aux politiques de discrimination raciale dans l’accès au logement mises en place après la Seconde Guerre mondiale, lorsque des millions de familles afro-américaines quittent les États du Sud pour s’installer dans l’Ouest. Elles sont alors repoussées vers des zones destinées principalement aux minorités, et East Palo Alto devient l’une d’elles. Les prix de l’immobilier restaient peu élevés en raison de pratiques racistes telles que le redlining : les banques refusaient d’accorder des crédits immobiliers dans ces quartiers où vivaient ces minorités. Ce qui a eu pour conséquence de diminuer les recettes publiques et donc le financement des écoles et autres services publics. Aujourd’hui, la population d’East Palo Alto est composée de 63 % d’Hispaniques, tandis qu’à Palo Alto 61 % des habitants sont blancs.

Si d’autres villes de la Silicon Valley ont assisté à un afflux de richesses lors du premier boom d’Internet dans les années 1990, East Palo Alto a été relativement peu touché par la gentrification, la criminalité ayant effrayé les plus riches. Mais aujourd’hui la ville est sûre et on y trouve les seuls prix fonciers abordables de la région. Les habitants de longue date craignent que la spéculation immobilière métamorphose leur communauté si unique et le tissu culturel qui a survécu et s’est enrichi au cours des années.

De son côté, Palo Alto rencontre ses propres difficultés engendrées par la réussite économique des entreprises technologiques qui y sont nées pour la plupart. L’envolée des prix immobiliers a chassé la classe moyenne depuis longtemps. Le prix moyen pour une maison s’élève désormais à 2 985 000 dollars et même les plus riches n’ont plus les moyens de s’y installer. Les habitants de longue date assistent douloureusement à la transformation de leur ville, hier une banlieue paisible et désormais l’épicentre de la richesse de l’industrie technologique.

Le débat autour du boom technologique a eu tendance à dresser les communautés les unes contre les autres – les riches et les pauvres, les cadres des entreprises technologiques et les travailleurs. Mais je me suis efforcée de montrer ce que les deux communautés ont en commun, quelques tranches de vie qui transcendent la richesse et la pauvreté, les privilèges et les préjudices, et toutes les inégalités culturelles qui découlent de ces différences.

Ce reportage présente les communautés de ces deux villes qui, chacune à leur manière, tentent de mener leur vie dans l’ombre des géants de l’industrie technologique.

Laura Morton

Laura Morton

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