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Lauréate du Prix Canon de la Femme photojournaliste 2013

L’Aviateur de première classe Jessica Hinves, mécanicienne dans l’armée de l’air américaine, a été violée par un membre de son escadron. Elle a été la cible de harcèlement et de représailles de la part de ses collègues militaires. La veille du procès, l’affaire a été classée sans suite par un nouveau commandant qui a déclaré : « Il ne s’est pas comporté en gentleman, certes, mais il n’y a aucune raison de le poursuivre en justice. » Peu de temps après, elle a été renvoyée de l’armée à cause de son syndrome de stress post-traumatique.

Aux États-Unis, le nombre de femmes soldats violées ou agressées sexuellement par leurs collègues atteint des niveaux sans précédent. On estime à 26 000 le nombre de viols et d’abus sexuels pour l’année dernière, alors que seulement une victime sur sept signale l’agression et qu’un cas sur dix fait l’objet d’un procès. De nombreuses victimes sont forcées de quitter l’armée, tandis que d’autres se voient obligées de continuer de travailler sous les ordres de leurs agresseurs.

Le « traumatisme sexuel militaire » peut entraîner la dépression, la toxicomanie, la paranoïa et un sentiment d’isolement. Les victimes passent parfois des années rongées par la honte et la peur, avec des troubles psychologiques qui ruinent leur vie. Certaines se retrouvent sans abri, souffrent de dépendances, ou finissent même par se suicider.

Pourquoi y a-t-il autant de viols et d’agressions sexuelles au sein de l’armée américaine ? Pourquoi les victimes sont-elles ainsi ignorées ? Pourquoi les agressions sont-elles considérées comme un simple écart de conduite et non comme un acte criminel ? Pourquoi les supérieurs ont-ils le droit de classer les affaires sans suite ?

Les États-Unis se targuent d’être le symbole de la liberté et de la dignité humaine, et souhaitent donner cette image au reste du monde. Comment peuvent-ils alors espérer conquérir l’esprit des populations dans des pays comme l’Afghanistan où ils dénoncent la condition des femmes, tout en laissant ces dernières se faire agresser au sein d’une institution qui est souvent le seul contact des Afghans avec les citoyens américains, le fer de lance de la politique étrangère américaine ?

Je viens de passer un an à voyager à travers les États-Unis afin de trouver des réponses à toutes ces questions. J’ai eu la chance et l’honneur de rencontrer un grand nombre de femmes courageuses. J’espère vraiment que « Une lutte passée sous silence » entraînera un changement de mentalité et de législation dans l’armée et que justice sera rendue aux victimes du traumatisme sexuel militaire.

Mary F. Calvert

Mary F. Calvert

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