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Le lac Tchad, qui a donné son nom au pays et qui fut l’un des plus grands lacs du monde, s’est considérablement asséché durant les dernières décennies. Sa superficie est passée de 26 000 km² en 1960, à moins de 1 500 km² aujourd’hui. Le désert du Sahara couvre plus de la moitié du pays. Isolé au cœur du continent africain, le Tchad est « coincé » entre de puissants et turbulents voisins dont il subit périodiquement les débordements violents : la Libye au nord, le Soudan (région du Darfour) à l’est et le Nigeria à l’ouest. Bref, il paraît puni par la géographie.

Le pays a été, au tournant du XXe siècle, le champ d’affrontements entre les conquérants musulmans et l’entreprise coloniale française, laquelle fut particulièrement sanglante (1900-1960) et a laissé derrière elle un bric-à-brac d’ethnies mal soudées par une administration faible, incompétente et cupide. Puni par la géographie, on peut dire que le pays fut aussi puni par l’histoire.

Conséquence : les 50 années d’indépendance furent marquées par des révoltes, des putschs militaires, des mouvements de guérillas, des guerres civiles, des interventions militaires étrangères, sur fond de rivalités géostratégiques et minières (le pétrole est exploité depuis 2003 par Exxon et Shell, l’uranium pas encore) entre les puissances proches et lointaines. L’éclatement définitif du pays a été évité entre autres grâce à la présence permanente de forces françaises, renforcées depuis peu par celles de l’ONU, au prix d’une caution « réaliste » apportée aux violations des droits de l’homme, d’une corruption à grande échelle et de trucages électoraux.

Le métier des armes a été et continue d’être un des débouchés naturels qui s’offrent aux jeunes (et même aux très jeunes) Tchadiens. Si les déchirements n’ont pas cessé, la configuration des conflits des années 1980 (période couverte par l’exposition) n’est plus la même aujourd’hui. À cette époque, le Tchad était le théâtre de la rivalité entre le camp soviétique (relayé par la Libye du colonel Kadhafi) et le camp occidental (France, USA). Le régime actuel du général Idriss Déby Itno, au pouvoir depuis 1990, est soutenu à la fois par la Libye, la Chine, les États-Unis… et la France.

L’ouverture de la manne pétrolière permet à l’État d’entamer une politique de « réalisations » économiques et sociales, d’« acheter » plus facilement les opposants et d’équiper massivement son armée, améliorant, à terme, ses chances de stabilité. Le vent de la démocratie, né de la chute du mur de Berlin, a permis l’éclosion d’une société civile (presse, association de droits de l’homme, etc.) et d’un multipartisme embryonnaires. L’espoir est permis pour les générations suivantes, mais l’absence d’une élite politique et intellectuelle patriotique, tolérante et compétente, couplée au cynisme des grands pays, fait que les progrès sont lents et les retours en arrière fréquents (résurgences régulières de rébellions, disparitions d’opposants).

Parmi les combattants que l’on peut voir sur les photos de cette exposition, beaucoup sont encore actifs dans la haute hiérarchie militaire de l’armée gouvernementale ou des mouvements rebelles, où ils côtoient souvent leurs enfants ou les enfants de leurs camarades disparus.

Tanguy Loyzance

Tanguy Loyzance

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