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LAURÉAT DU PRIX KODAK DU JEUNE REPORTER 2000

Vivant à Moscou, mon premier voyage hors de la capitale russe était la Tchétchénie en juin 1993. Tout ce que j’avais entendu sur la «criminalité» des Tchétchénes n’étaient que des rumeurs… Tous mes amis russes les tenaient pour responsables de tous les malheurs de la Russie.

A Moscou, on les appelle – comme tous les autres caucasiens – les «culs noirs». Arrivant à Grozny, j’ai découvert un peuple armé jusqu’aux dents, des kalachnikovs partout, mais avec un sens de l’hospitalité incroyable. Fasciné par le Caucase, j’ai déménagé à Tbilissi en 1994, et j’ai passé la plupart du temps entre Grozny et Tbilissi. Tout l’été 1994, bien qu’une vague de guerre civile se déroule entre les forces du président indépendantiste Doudaïev et une opposition plutôt pro-russe, on n’attendait pas une grande guerre. Elle commençait pourtant au cours de l’hiver 1994-95. La force russe était sans pitié. Les tchétchénes se battaient fièrement. Avec un courage incroyable. Les divergences d’avant-guerre étaient oubliées, on était contre les Russes.

A cette époque les journalistes étaient bien accueillis par les combattants, différemment par l'armée russe… Les deux années suivantes, j'ai passé beaucoup de temps en Tchétchénie, essayant de photographier non seulement la guerre mais aussi les traditions de ce peuple.
Après la reconquête glorieuse de Grozny par les Tchétchénes en été 1996 et le départ des forces russes, une vague d'enlèvements, y compris des étrangers, a commencé. J'y suis revenu en automne 1997. Tout avait changé. Au lieu de circuler librement comme avant, je devais m'entourer de 6 gardes de corps. La plupart du Caucase du Nord étant devenu territoire hostile, à qui faire confiance ? La Tchétchénie de facto indépendante était devenue une république aux mains de bandes armées, parfois associés aux Russes, qui contrôlaient tout. Les honnêtes combattants de la première guerre n'avaient plus aucune influence.

Vivant au Kosovo en 1999, j'avais perdu l'espoir de retourner dans le Caucase du Nord. Quand la guerre a recommencé, je suis rentré en territoire rebelle depuis la Géorgie. La facilité de mouvement du premier conflit était perdue. Le danger des enlèvements était encore réel, comme pour Brice Fleutiaux. Cette fois la Russie a réussi à bloquer presque totalement toutes les informations. Travailler avec les tchétchénes est devenu presque impossible. A de très rares exceptions, la couverture de la guerre en Tchétchénie me semble quelque peu vague, les possibilités de la première guerre me restent à l'esprit. A partir du moment où je ne peux plus bouger librement, j'en suis réduit à un accès sporadique du coté russe, et je peux avoir des coups de chance, comme être a Alkhan-Kala le jour où les combattants en sortaient.

Frustré et déçu par les possibilités de photographier sérieusement en Tchétchénie et aussi pour montrer la situation des autres peuples du Caucase, coincé entre le chauvinisme russe et un refus de la Tchétchénie d'après 1997, j'ai décidé de photographier l'impact de la guerre dans les républiques aux alentours, mais j'espère pouvoir retourner en Tchétchénie.

Thomas Dworzak
Makhatchkala, 20 juillet 2000

Thomas Dworzak

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