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On pourrait croire que la catastrophe survenue à Beyrouth le 4 août 2020 et la crise dans laquelle a sombré le Liban sont arrivées du jour au lendemain. Mais depuis plus de trente ans, la négligence et la corruption empoisonnaient la nation et mettaient le pays à genoux.

Le 4 août 2020, le nitrate d’ammonium stocké dans des conditions dangereuses dans le port de Beyrouth s’est enflammé et a provoqué une double explosion faisant plus de 200 morts, 6 000 blessés et laissant 300 000 personnes sans abri. La catastrophe a frappé en pleine pandémie de Covid-19, au début de ce qui allait devenir l’une des pires crises économiques du monde, et quelques mois seulement après le commencement de ce que les Libanais ont appelé la « révolution ».

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Un an plus tôt, le 17 octobre 2019, des dizaines de milliers de Libanais descendaient dans la rue pour manifester contre la détérioration de leurs conditions de vie. Cela faisait des années que le pays n’avait pas connu un tel sentiment d’unité nationale, mais le rêve fut de courte durée.

L’exposition couvre ces deux dernières années au Liban, notamment les manifestations organisées à travers le pays et les conséquences de l’explosion, ainsi que les quelques rares périodes de répit entre les deux. Aucune âme au Liban n’a été épargnée par les événements de ces deux dernières années. Financièrement, ceux qui avaient des économies les ont perdues. Physiquement, l’explosion a laissé plus de 300 personnes handicapées, la population vit dans un stress quotidien, la pandémie de Covid-19 est toujours là, et beaucoup n’arrivent plus à faire face. Le moral a lui aussi été durement touché. Le pays semble être en dépression, en état d’anxiété permanente, voire de « schizophrénie » avec des habitants qui tentent de mener une vie normale dans un contexte aussi absurde.

Les citoyens essaient de faire changer les choses. Certains se sont concentrés sur la perspective des élections de mai 2022, tandis que d’autres sont descendus dans la rue pour exprimer leur colère. Mais le changement prend du temps et le Liban semble ne plus en avoir. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi une grande partie de la jeune génération a aujourd’hui quitté le pays dans l’espoir de trouver une vie « normale » ailleurs, c’est-à-dire une vie où les bâtiments n’ont pas été soufflés par une explosion, où il y a de l’électricité dans les rues, et où les enfants peuvent rêver de l’avenir. À ce jour, rien n’a changé au Liban. Depuis 2019, les gouvernements se succèdent mais la situation reste la même. Il semblerait même qu’elle ait empiré.

Le Liban n’est plus un pays en guerre. Il a été et reste à ce jour un pays en conflit, entouré par la guerre, à la merci d’acteurs étrangers.

En attendant que le changement vienne, que justice soit faite et que les familles des victimes de la négligence du pouvoir ces dernières années reçoivent les réponses dont elles ont besoin, ces images seront la preuve de l’injustice qui règne dans le pays.

Tamara Saade

Exposition réalisée avec le soutien du ministère de la Culture et de la Mission interministérielle de coordination pour le Liban.

Tamara Saade

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© Camille Cabbabé
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