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Gerd Ludwig est l’un des témoins des événements qui ont entraîné la chute de l’empire soviétique après soixante-dix ans de communisme en 1991. A travers son travail qu’il a publié grâce au concours de National Geographic, il documente à merveille cette période de transition, cette décade marquée par de poignantes souffrances, de brillantes opportunités et de brutaux bouleversements. Durant dix ans, Gerd Ludwig a photographié l’évolution de la société russe qui s’adapte difficilement au monde occidental.

Ma relation personnelle avec la Russie est née au cours de mon enfance en Allemagne pendant l’après-guerre. Mon père était un conscrit dans la Sixième Armée Allemande qui avait envahi l’URSS en 1942 et avait pénétré le sud de la Russie jusqu’à Stalingrad, où les Soviétiques avaient fini par décimer les forces allemandes. Heureusement, il fut l’un des derniers évacués.

Adolescent au milieu des années soixante, j’ai fait partie de la première génération de l’après-guerre en Allemagne.

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Portant un lourd fardeau de culpabilité pour les actes commis par mes aînés, je compensais ce sentiment en glorifiant tout ce que mon pays avait tenté de détruire. J'idéalisais tout particulièrement la Russie et le système communiste soviétique. Enfin, la glasnost introduite par Gorbatchev, c'est-à-dire son appel à la transparence dans tous les domaines de la vie, m'ouvrit les yeux quant à la réalité sociale et politique d'un pays où régnait le totalitarisme depuis soixante-dix ans.

Au début des années 90, lorsque National Geographic me demanda de réaliser un reportage sur la nouvelle Russie, je compris que mon reportage devait couvrir deux facettes à la fois: la transformation ultra-rapide d'une société passant d'une économie dirigée à une économie de marché, et les conditions sociales et économiques existant depuis des générations, restées invisibles pour les pays de l'autre côté du rideau de fer. Je découvris que bien que les dirigeants soviétiques se déclaraient soucieux de respecter les travailleurs et la nature, leur exploitation insouciante de l'environnement les avaient détruits tous les deux.

Sous Brejnev, les permis de photographier étaient presque impossibles à obtenir. Après l'écroulement du système soviétique s'ouvrit une courte période d'accès quasiment illimité. Depuis un certain temps, cependant, les restrictions sont presque aussi sévères qu'à l'apogée de la Guerre Froide. Même muni de toutes les autorisations possibles et imaginables, il m'est arrivé d'être détenu ou interrogé de façon injustifiée. Le 27 décembre 2001 marqua le dixième anniversaire officiel de la chute de l'ex-Union Soviétique. Malgré la scission entre les quinze républiques qui formaient autrefois l'URSS, la Russie reste le plus grand pays du monde. S'étendant de la Mer baltique à l'ouest jusqu'à la Mer du Japon à l'est, ce territoire couvre 11 fuseaux horaires et se situe en grande partie au-delà du cercle polaire.

Bien qu'il y ait de l'espoir sur le plan économique, on ne peut nier les conditions difficiles avec lesquelles doit composer aujourd'hui encore la majorité de la population russe. Cependant, à la fin de l'année 2001, nombre de Russes avaient de bonnes raisons de célébrer le 10ème anniversaire de la chute du système soviétique. Partout, l'on sent que le pire est désormais passé. Les changements sont bien sûr les plus visibles dans les villes industrielles de l'ouest du pays, où les lumières brillent de tous leurs feux, les panneaux publicitaires pullulent, les rues sont remplies de gens faisant leurs courses et les étalages proposent des biens de consommation à foison.

L'espoir pour l'avenir repose surtout sur la génération post-communiste, souvent trop jeune pour avoir le souvenir des longues files d'attente qui étaient la hantise de leurs parents, de l'oppression, ou de la peur qui les habite encore. Cette génération n'a pas appris à s'auto-censurer ni à s'abstenir de parler; pour elle, tout est possible. Mais l'espoir est teinté d'un sentiment de nostalgie, à mesure que, dans les grandes villes, les jeunes Russes commencent à s'habiller et à se comporter exactement commes les jeunes d'Occident. Certes, la Russie rejoint le giron mondial et connaît de fabuleuses opportunités, mais, parallèlement, elle s'ouvre à la mondialisation, au capitalisme et à leur cortège de répercussions inhumaines.

Les images reprises dans le cadre de cette exposition retracent une décennie de travail en ex-Union Soviétique, en majorité des commandes pour le magazine National Geographic, et sont tirées de mon nouvel ouvrage intitulé en allemand : "Russland - Eine Weltmacht im Wandel" (La Russie - une grande puissance en mutation).

Gerd Ludwig

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Gerd Ludwig 2014
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