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Ils sont tatoués, parfois de motifs diaboliques. Ils sont emprisonnés. Ils sont violents et, à cette violence née d’une situation sociale qui prend ses racines dans l’extrême violence du génocide perpétré contre les Mayas par les dictatures militaires, répond une autre violence, celle de l’armée, de la police et des mercenaires qui les tuent.

Ce sont les « maras », ces gangs de jeunes – souvent très jeunes – qui répondent à une situation inextricable par un mode d’organisation alternatif, en marge de toutes les légalités, lié au trafic de drogue et à la prostitution, au maniement des armes, à toutes les dérives. Ils se sont donné des signes de reconnaissance, des identités qu’ils portent à même le corps et peignent sur les murs. Ils sont agressifs et violents et, en même temps, ils vivent, éprouvent des sentiments, sont amoureux.

Ils sont victimes et, ne voyant aucune issue, ils font aussi des victimes. Et ils en deviennent désespérément émouvants, aussi émouvants que leurs actes sont injustifiables, parce qu’ils vont droit dans le mur et que la vie même, les vies, les leurs comme celles de ceux qu’ils peuvent assassiner, n’ont plus de sens. Parce qu’il se refuse à juger (de quel droit ?) mais voudrait tenter de comprendre ce qui se passe dans un pays pour lequel il éprouve plus que de la sympathie, de la tendresse, depuis qu’il l’a découvert il y a une dizaine d’années, Miquel Dewever-Plana accompagne les situations, discrètement, modestement. En simple observateur, tentant de ne pas influer par sa présence sur les attitudes et réussissant à se faire oublier. Cela demande beaucoup de temps, de patience, d’attention. De ces longs séjours, de cette alliance avec le temps, le photographe rapporte des images sans spectacle (ni celui, caricatural, des acteurs qui adorent se mettre en scène pour ressembler aux poses provoc dont raffolent les médias, ni celui de la surenchère voyeuriste sur la violence). Un jeune couple s’embrasse à travers les barreaux, extrême tendresse, le visage d’une jeune fille rayonne de beauté, le corps d’un jeune homme laisse apparaître avec sensualité les motifs de ses tatouages. Et aussi, sous les projecteurs de la police, les emplacements des impacts de balles rythment l’espace ou réinventent, en écho à la peinture religieuse, une mise au tombeau d’aujourd’hui. Tout cela se croise, se tisse, reconstruit un monde sous-tendu de violence, quand on a le sentiment, désespérant, que toute cette jeunesse ne demanderait qu’à vivre. Pourquoi est-ce donc impossible ?

Christian Caujolle, mai 2009

Miquel Dewever-Plana

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© Estelle Le Sage Fougère
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