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Kinshasa, avec ses 10 millions d’habitants (les Kinois), s’étire le long du fleuve Congo. Cette cité sans fin ressemble à un damier avec tous ses toits rouillés, mais aussi à une immense peinture moderne, composée de tous les gris des murs, du noir de la terre et de la boue, des couleurs pastel des publicités et des boutiques.

Cette ville ne ressemble en rien à l’idée que l’on peut se faire des tropiques. Elle est animée d’un incessant chaos, d’une énergie débordante et affolante. Plus de 85 % de son économie vient du secteur informel. Tout Kinois se doit d’être un « auto entrepreneur » s’il veut trouver le dollar dont il a besoin chaque jour pour vivre. Pour cela, il lui faut faire preuve d’une créativité et d’une imagination exceptionnelles.

La capitale congolaise a donné à l’Afrique ses plus grands artistes : peintres, musiciens, plasticiens, sculpteurs, performeurs.

Les peintres Cheri Samba, Cheri Cherine, le sculpteur Freddy Tsimba, l’unique « Architecte Maquettique » Bodys Isek Kingelez et ses villes extraordinaires, sont reconnus mondialement et exposés dans les plus grands musées de la planète.

Ces artistes ont puisé leur inspiration d’une part dans la vie quotidienne des habitants de Kinshasa, d’autre part dans les extraordinaires traditions des ethnies qui forment la ville.

Ces populations ont fui les différentes guerres congolaises des vingt dernières années et sont venues grossir les quartiers populaires de la capitale où elles se sont la plupart du temps regroupées par ethnies. Elles ont apporté avec elles les traditions et les cérémonies de leurs villages, qu’elles tiennent à perpétuer afin de les enseigner aux jeunes.

Comme me l’a expliqué un ancien lors d’une cérémonie chez les enfants Yaka, dans le quartier populaire de Massissi : « Si ces cérémonies sont toujours célébrées, c’est surtout pour faire plaisir aux ancêtres et demander leur protection. Au village, nous avons toujours confié au sculpteur le plus talentueux la fabrication des statues et des masques afin que leur immense beauté ravisse nos ancêtres. »

Les grands artistes occidentaux, Picasso, Derain, Matisse, Modigliani, Braque ou encore Man Ray, ont eux aussi puisé une part de leur inspiration dans les masques et les statues africains. Je voudrais vous rapporter une histoire que l’écrivain Henning Mankell a racontée lors d’une allocution à Davos : « Dans les années 1980, le Mozambique était ravagé par la guerre civile. Tandis que je marchais sur un chemin, j’ai rencontré un garçon. Il était pauvre, avait faim, ses vêtements étaient en loques, mais il s’était servi de son imagination pour préserver sa dignité en se peignant des chaussures sur les pieds. » Cette histoire pourrait être celle de la plupart des habitants de Kinshasa.

Pascal Maitre

Pascal Maitre

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