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L’histoire de l’Amérique c’est l’histoire des relations entre races. Mark Twain, l’un des critiques les plus appréciés, admirés et féroces de l’Amérique, a consacré sa vie à dénoncer la vision faussée qu’avait la nation d’elle-même. Près d’un siècle après la mort de Twain, l’épineuse question raciale fait de nouveau la une des journaux américains. L’ouragan Katrina, la terrible tempête qui, fin août 2005, a balayé le delta du Mississippi et la région bordant le golfe du Mexique, a anéanti la Nouvelle Orléans, et, au passage, tout faux-semblant d’égalité. Katrina, classée catastrophe de catégorie 4, a affranchi l’insidieux démon du racisme et levé une fois de plus le voile sur la partie la moins glorieuse de l’histoire de l’Amérique. Des rapaces, toutes couleurs confondues, ont fait surface pour s’approprier des milliards de dollars en liquide et en biens immobiliers destinés aux citoyens de la région côtière, à l’occasion de ce drame qui a opposé des intérêts personnels au niveau local, au niveau de l’état et au niveau national, et s’est joué sur fond de malaise social et d’implacable cupidité. Si ces deux maux jumeaux incarnent bien l’histoire de l’Amérique, Katrina n’en est, malheureusement, qu’un chapitre de plus.

Les catastrophes naturelles offrent généralement à l’humanité l’occasion de remédier aux nombreuses carences de la civilisation par un afflux massif d’aide et d’argent et surtout, par un réajustement de notre rôle sur cette planète. Le tsunami qui a frappé les régions de Banda Aceh, de l’Asie du Sud Est et de l’Océan Indien en décembre 2004, a mis en évidence la volonté et la capacité des gens à réagir face à une tragédie. Pourtant, la corruption et le manque de transparence ont entaché les efforts humanitaires, et des millions de dollars ont disparu, ont été gaspillés ou ont simplement été volés. L’ouragan Katrina nous a montré que l’Amérique n’accorde pas de traitement préférentiel à ses propres victimes. La pauvreté extrême dévoilée par Katrina, étrange et dramatique révélation, a servi de décor à cette Amérique des multinationales déterminée à trouver à tout prix le moyen de tirer profit des efforts colossaux devant être déployés pour remettre sur pied la Nouvelle Orléans et sa région. On avance le chiffre de 400 milliards de dollars, voire plus, pour les projets publics de reconstruction à la Nouvelle Orléans et sur le golfe du Mexique. Ce sont donc les entrepreneurs en bons termes avec l’agence fédérale des situations d’urgence (FEMA) qui se tailleront la part du lion et se partageront les dollars du contribuable américain. D’autres s'arracheront les terrains abandonnés ou en mauvais état du quartier du Lower Ninth Ward et d’autres quartiers de la Nouvelle Orléans. Les commentateurs locaux prédisent l’une des plus impressionnantes manœuvres d’appropriation foncière de l’histoire des Etats-Unis, qui décolorera au passage la Nouvelle Orléans pour la décliner en nuances de blancs. Stanley Greene (Etats-Unis) et Kadir van Lohuizen (Pays-Bas) ont décidé de s’y rendre. Ces deux photographes, généralement, ne couvrent pas les grands événements de l’actualité, mais dans ce cas, les choses étaient différentes. Une fois sur place, Greene et van Lohuizen ont rencontré Paolo Pellegrin (Italie) et Thomas Dworzak (Allemagne). Etant donné les circonstances (manque de moyens de transport, d’essence, de nourriture etc.) ils ont décidé de travailler ensemble. Quatre mois plus tard, Greene, Pellegrin et van Lohuizen ont décidé d’y retourner. Ils ont été choqués de constater que quasiment rien n’avait changé. Une bonne partie de la ville était toujours vide et détruite.

L'exposition a été conçue et dirigée par Teun van der Heijden à Amsterdam.
Exposition réalisée grâce au soutien de la Fondation Mondriaan, Amsterdam et de l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas.

Thomas Dworzak

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Stanley Greene

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par Jean-François Leroy
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Paolo Pellegrin

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Kadir van Lohuizen

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