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Après cinq années de guerre - qui ont coûté la vie à 4 000 personnes côté américain et à 1 million côté irakien, fait des dizaines de milliers de blessés, provoqué la fuite de 5 millions ou plus de personnes et sonné le glas de la nation irakienne - la situation en Irak est loin d’être résolue. Il y a plus d’un an, le renforcement du contingent à Bagdad, baptisé «surge» par les forces américaines et impliquant le déploiement de 30 000 militaires supplémentaires, avait permis, dans une certaine mesure, de chasser Al-Qaïda des rues de la capitale. La ville est désormais coupée par des kilomètres de mur blindé, parsemée de centaines de postes de contrôle.

Si la liberté de circulation s’est améliorée à Bagdad, il n’en reste pas moins que, dans ce dédale surpeuplé qu’est la capitale irakienne, l’harmonie semble chose impossible. Les murs maintiennent les terroristes hors de la ville, mais séparent également ceux qui y vivent. Dans la province d’Anbar, bastion d’Al-Qaïda de l’ouest de l’Irak, l’organisation terroriste est allée trop loin. Les exécutions sommaires et une application trop stricte de la charia (certains rapports font état de personnes ayant été amputées des doigts pour avoir fumé) ont fini par décourager la population locale. Nombre de ceux qui avaient rejoint les insurgés et participé des années durant à leur lutte, parfois meurtrière, pour repousser les forces américaines se sont tout simplement lassés de la chasse à l’homme dont ils faisaient sans cesse l’objet. La population irakienne a été incitée à intégrer des groupes citoyens de surveillance de proximité (les fameux «CLC» selon le sigle anglais) pour que chacun puisse surveiller son propre quartier. Ce « réveil » (ainsi nommé) a privé les insurgés de leur base et fourni des renseignements précieux sur les activités d’Al-Qaïda en Irak. Il est vrai que des avancées certaines ont été réalisées et des communautés entières sécurisées (dans une certaine mesure), mais aujourd’hui le conflit semble s’être simplement déplacé aux frontières du pays. Les bastions d’Al-Qaïda se trouvent désormais au nord: à Mossoul, Ninive ou encore Diala. Les combats y ont atteint leur paroxysme de violence. Les Etats-Unis, pour pérenniser ces avancées, devront s’assurer du soutien des groupes CLC présents à Bagdad et en Irak de l’ouest, lesquels, bénéficiant aujourd’hui de l’argent, de l’armement et du soutien des Etats-Unis, ont choisi la voie de l’autoprotection. Seuls 25% des quelque 80 000 CLC coopérant aujourd’hui avec les forces américaines pourront être intégrés dans l’armée ou la police régulière. Pour éviter que les 75% restants, poussés par la désillusion et la frustration, ne changent de camp, il faudra leur trouver des emplois.

La violence a effectivement diminué en Irak, mais la raison principale en est la trêve ordonnée par le chef chiite Moqtadar al Sadr, aujourd’hui à la tête d'une force militaire considérable. Pour peu que cette trêve prenne fin, les Chiites se retourneront contre les Sunnites et les forces américaines, accusées de parti pris, deviendront à nouveau des cibles privilégiées. Il faudra visiblement attendre encore longtemps avant que les prémisses d’un retour à la paix en Irak ne se profilent à l’horizon.

Yuri Kozyrev

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© Mari Bastashevski
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