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Jamais, depuis le Moyen Âge, autant de murs, barrières et clôtures n’auront été construits à la frontière entre deux pays, ou de plus anciens rénovés ou consolidés. Ces murs attisent les tensions, aggravent la précarité sociale et économique, accentuent le fossé culturel et religieux entre les peuples et ne résolvent en rien les problèmes qui poussent les gens à émigrer. De plus, dans certaines régions, les migrations sont inhérentes au contexte culturel, économique et climatique. Interrompre ces flux migratoires aura forcément des conséquences dont l’ampleur ne peut se mesurer aujourd’hui. Pour les populations vivant de part et d’autre, le mur est d’abord perçu comme un obstacle infranchissable, mais rapidement il devient le symbole de tout ce qu’elles veulent fuir.

En 1993, l’Inde a entamé la construction d’un mur de séparation de 3 200 kilomètres avec son voisin bangladais, ce qui en fait aujourd’hui un des murs les plus longs du monde. Le tracé historique de la frontière, qui date du déclin de l’Empire britannique des Indes en 1947, a toujours eu des conséquences dramatiques pour les populations limitrophes. Les raisons officielles avancées par les autorités indiennes pour justifier l’édification de ce mur sont la protection contre l’infiltration de terroristes islamistes, l’immigration bangladaise et la lutte contre les trafics de marchandises.

Qu’il soit fait de béton ou d’une haute double clôture de fil de fer barbelé, le mur est sévèrement gardé par les troupes indiennes de la Border Security Force (BSF). Ce sont près de 220 000 hommes qui sont mis à la disposition de la BSF pour assurer la surveillance armée de la frontière. De l’autre côté, la Border Guard Bangladesh (BGB) opère des missions de contrôle pour prévenir les passages illégaux vers l’Inde.

Aujourd’hui, le nombre d’arrestations, d’actes de torture et de morts en fait l’une des frontières les plus dangereuses du monde. La quasi-totalité des victimes sont des Bangladais qui, pour des raisons économiques, familiales, sanitaires ou environnementales, tentent de la traverser. Comment les blâmer alors que le pays souffre de tous les maux : extrême pauvreté, surpopulation démesurée, troubles sociopolitiques récurrents, catastrophes naturelles fréquentes… Pourtant, le risque est immense puisque selon les chiffres fournis par des organisations de défense des droits de l’homme et non contestés par les autorités, une personne a été tuée tous les cinq jours sur la frontière au cours des dix dernières années.

Malgré les plaintes des familles des victimes, les crimes commis par la BSF restent le plus souvent impunis et continuent à se perpétrer. Les autorités bangladaises, pour préserver leur indispensable « entente » avec le grand voisin indien, tolèrent l’existence du mur sans alerter la communauté internationale et étouffent les crimes commis à l’encontre de ses ressortissants.

Gaël Turine

Gaël Turine

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