Plan de travail 5 Plan de travail 2 Plan de travail 6

Après février 2002, le gouvernement Bush a réquisitionné une partie de la base navale américaine de Guantánamo, au sud-est de Cuba, pour y détenir des prisonniers en contournant la législation américaine et les Conventions de Genève sur la détention et la torture. Brennan Linsley, le photographe d’AP pour la région Caraïbes, s’est tout particulièrement intéressé à Guantánamo. Il s’est rendu fréquemment sur place depuis 2005 et, comme tous les journalistes désireux de couvrir ce camp, a dû composer avec la censure et les barrières administratives. Ses photos constituent un récit en images de la vie à Guantánamo pendant les années Bush.

Des individus aux antécédents et aux parcours très divers se sont retrouvés incarcérés dans ce complexe pénitentiaire. Parmi eux figurent une douzaine de détenus dits « de grande valeur », notamment Khalid Cheikh Mohammed et quelques autres organisateurs présumés des attentats du 11 septembre 2001, mais aussi des hommes qui, selon les experts juridiques de l’armée américaine, sont retenus sans preuve tangible. Ainsi, la plupart des rapports établissent que depuis 2002 sont enfermés à Guantánamo seulement quelques militants dangereux d’une part, et, d’autre part, des innocents arrêtés par erreur, contre une prime ou sur la foi de fausses rumeurs.

linsley_guantanamo_037.jpg
linsley_guantanamo_053.jpg
linsley_guantanamo_089.jpg
linsley_guantanamo_084.jpg

D’après les observateurs, la majorité des prisonniers se situent quelque part entre ces deux extrêmes. Au fil des années, Guantánamo est devenu un symbole, tant pour ses détracteurs que pour ses partisans. Pour les détracteurs de la politique américaine, Guantánamo incarne l’arrogance des États-Unis et la dérive morale qu’ils imputent aux années Bush. Pour les nombreux ardents défenseurs de Guantánamo, le centre de détention est un élément essentiel de la stratégie des États-Unis dans la lutte mondiale contre le terrorisme. D’autres encore – parmi lesquels l’actuel président des États-Unis, Barack Obama, et certains membres des services de renseignements – sont convaincus depuis longtemps que, quelle que soit la sécurité immédiate que Guantánamo assure, ce bénéfice est annulé par le discrédit que le camp jette sur les États-Unis aux yeux du monde.

Couvrir Guantánamo est une tâche ardue pour les journalistes, et cela depuis le début ; nul doute que ça l’est aussi pour les escortes militaires qui souvent s’efforcent de les aider. En général, les visites sont limitées à quelques jours et les préparatifs et demandes d’autorisation doivent être lancés des semaines, voire des mois à l’avance. Guantánamo est un environnement géré et contrôlé avec une extrême rigueur. Les services des relations publiques de l’armée américaine qui encadrent les journalistes lors de leurs visites à la base doivent suivre des directives très strictes et accompagner les visiteurs tout au long de la journée, sans interruption. La plupart du temps, les visites aux camps de détention sont brèves et offrent peu à voir.

Les militaires et les gardiens qui dirigent les camps de détention au quotidien ont d’autres priorités que de servir de guide à des journalistes bardés d’appareils photo et de caméras, semaine après semaine ; leur tâche, expliquent-ils, est d’éviter tout ce qui pourrait perturber les prisonniers ou susciter leur colère.

À la fin de chaque journée de travail à Guantánamo, les journalistes doivent soumettre leurs photos et leurs enregistrements vidéo aux responsables de la « Sécurité Opérationnelle » du Département de la Défense des États-Unis ; ces derniers vouent à la destruction tout ce qui leur semble aller à l’encontre des règles officielles de « Séc-Op » – une longue, longue liste d’interdits. Certains documents tombent dans une zone grise, entre l’autorisé et l’interdit. Dans ces cas-là, les photographes et les vidéastes plaident avec acharnement pour conserver leurs images, arguant que leur destruction serait de la censure pure et simple. Ils remportent souvent ces batailles, mais pas toujours.
Mais le principal problème quand on couvre Guantánamo, ce n’est pas la liste des interdictions officielles. La vraie difficulté, c’est tout simplement d’obtenir le temps et l’accès nécessaires pour appréhender la vie des détenus telle qu’elle est, puis de rapporter un reflet honnête de cette réalité.

Brennan Linsley

Toutes les photos ont été examinées par un responsable de la sécurité du Département de la Défense des Etats-Unis avant d’être autorisées à la diffusion. Les images présentées ici sont souvent le résultat d’âpres discussions entre le photographe et le fonctionnaire de la sécurité concernant l’autorisation ou l’interdiction de la diffusion.

Brennan Linsley

portrait_linsley.jpg
Suivre sur
Voir les archives