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Ce reportage est né d’une curiosité et du désir urgent de témoigner. D’une exaspération aussi. Exaspération de voir le plus souvent la bande de Gaza se réduire, à la télévision, à des images furtives d’enterrement de « martyrs » ou à quelques plans d’incursions de chars israéliens. Certes depuis le déclenchement de la seconde Intifada, la violence militaire coloniale a atteint des sommets : 1 855 Palestiniens tués et 12 808 blessés dans la bande de Gaza entre le 1er septembre 2000 et fin novembre 2004. Ce qui équivaudrait à l’échelle démographique de la France à 82 000 tués et 567 000 blessés !

Pour autant, que sait-on du quotidien du million quatre cent mille Palestiniens, reclus dans cette « prison à ciel ouvert » ? Comment vivent-ils, au jour le jour, claquemurés sur cette bande de sable en proie à la guerre et à l’extrême pauvreté depuis quatre ans ? Comment survivent-ils depuis que le check-point d’Erez ne laisse filtrer que quelques centaines de travailleurs sur les 80 000 employés autrefois en Israël ? Comment paysans et éleveurs parviennent-ils à s’accrocher sur le peu de terres qu’ils leur restent, avec de l’eau rationnée et des champs sans cesse dévastés ? Comment les enfants, parmi les mieux scolarisés du monde, supportent-ils pressions et privations ? A quoi rêvent les jeunes, quand le chômage et la réclusion hypothèquent leur avenir ? Que représentent les forces combattantes et quelles sont leurs stratégies ? Et puis, comme dans un jeu de poupées russes, où les enfermements s’emboîtent et se resserrent, quel sentiment prévaut chez les colons israéliens, séquestrés volontaires, pour certains depuis trente ans ? Que réserve aux Gaziotes leur retrait annoncé ? La restitution de 40% de leur territoire n’entraînera t-elle pas aussi un bouclage encore plus étanche de la Bande ? C’est pour tenter d’apporter quelques réponses à ces questions qu’avec Hervé Kempf, qui a écrit le texte du livre, nous avons adopté une méthode résolument documentaire : prendre notre temps, nous attarder, enquêter dans les deux camps, revenir sur le terrain tout au long de l’année, une fois par saison, retourner dans les mêmes familles, dans les mêmes quartiers, revoir les uns et les autres et faire sans cesse de nouvelles rencontres. Nous avons essayé de traduire, tout simplement, une situation extrême avec nos mots et nos images pour lui donner du sens.

Jérôme Equer

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