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Il continue d’être hanté par les massacres chaque nuit, de crier dans son sommeil. Le côté droit de son visage et son cou sont couverts de cicatrices. Abrahaley Minasbo, un danseur de 22 ans dont le corps était un outil d’expression, vit désormais avec une main en partie amputée. Des membres d’une milice amhara sont venus le trouver chez lui dans la ville de Mai-Kadra le 9 novembre 2020. Ils l’ont traîné dehors, battu à coups de marteau, de hache, de bâton et de machette, puis l’ont laissé pour mort.

Dans cette communauté de réfugiés vulnérables, aux portes du conflit qui fait rage dans le Tigré éthiopien, ceux qui ont fui les combats sanglants ont tous été témoins de l’horreur. Certains ont marché pendant des jours pour atteindre la frontière, avant d’être entassés à bord de bus ou de camions pour un pénible trajet de onze heures jusqu’à un camp. Alors qu’un véhicule démarrait, un bébé s’est mis à hurler et son frère l’a porté à la fenêtre pour qu’il respire, disant que l’enfant était affamé et déshydraté, que le bus était trop bondé.

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Une fois arrivés au camp, ils attendent. Pour manger, pour avoir des nouvelles de leurs proches, pour boire. Certains font la queue pendant des heures devant un robinet pour pouvoir remplir leurs seaux. Des enfants âgés d’à peine 7 ans portent avec difficulté ces lourds récipients sur leur dos.

À leur arrivée, beaucoup souffrent de malnutrition. Une femme enceinte de 9 mois, pesant à peine 45 kilos, s’est mise à pleurer en voyant le chiffre sur la balance. Une autre à qui l’on avait donné une ration alimentaire n’a rien pu avaler.

« L’Éthiopie se meurt », répète Tewodros Tefera, un médecin lui-même réfugié. Il est confronté aux blessures de la guerre depuis le début du conflit : des victimes de viol qui n’acceptent de se confier qu’à lui, des enfants déshydratés, des femmes enceintes et allaitantes à bout de forces, des personnes blessées à coups de hache et de couteau, d’autres à qui on a brisé les côtes. Le docteur Tefera recueille des preuves, dans l’espoir d’aller un jour à La Haye afin d’obtenir justice pour son peuple.

On ignore combien de milliers de personnes ont été tuées au Tigré depuis le début des combats le 4 novembre 2020. Mais les rapports remis à l’ONU indiquent que le viol est utilisé comme arme de guerre, que l’artillerie bombarde des zones peuplées, que des champs sont brûlés, des civils pris pour cible et les pillages généralisés.

La guerre a éclaté au pire moment pour Abraha Kinfe Gebremariam et sa famille, à Mai-Kadra. Letay, sa femme, a eu ses premières contractions alors que la violence au-dehors faisait rage. À leur grande surprise, elle a donné naissance à deux filles, Aden et Turfu. Mais la joie a été de courte durée, Letay a succombé à des complications dix jours plus tard. Abraha se retrouve seul pour élever ses deux nouveau-nées et ses jeunes fils dans un camp de réfugiés à Hamdayet, de l’autre côté de la frontière, dans l’est du Soudan.

Plus de 62 000 réfugiés originaires du Tigré vivent désormais au Soudan, fuyant ce que la plupart des Tigréens qualifient de « génocide ».

Nariman El-Mofty

Nariman El-Mofty

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