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En dépit de tous les progrès de la technique, l’essence du photojournalisme n’a pas changé depuis l’époque où Mathew Brady sillonnait les champs de bataille de la guerre civile américaine, son lourd équipement de bois à l’épaule. Son impact non plus, à l’ère des images vidéo en temps réel et des fichiers de texte d’un giga. Une seule vue peut à elle seule transmettre toute l’émotion d’un événement humain. Que ce soit un bébé rachitique se mourant à même la saleté du sol au Biafra, ou une petite viêtnamienne courant pour éviter les bombes au Napalm qui explosent derrière elle, une seule image a le pouvoir de stopper une guerre. Contrairement aux mots qui peuvent être mal interprétés, au film qui se déroule sans s’arrêter, une photo d’actualité se suffit à elle-même, telle un témoignage permanent et polyglotte.

Le plus souvent, cette unique image forte fait partie de quelque chose de plus vaste, comme le premier paragraphe d’une dépêche clairement rédigée. Derrière la première page, d’autres photos dont l’apparente simplicité est illusoire, contribuent à approfondir et à élargir le champ de l’analyse. Tous ces éléments font partie de l’histoire.

Le photojournalisme est un art particulier qui ne s'apprend pas. Il exige une série de talents innés: un sens de l'humain qui permet de reconnaître les instants forts, une habileté à saisir ces instants de façon intelligente quelles que soient les circonstances, et le courage et la vivacité d'esprit pour être au bon endroit au bon moment.

Avec l'expérience, on peut se perfectionner, mais l'âge n'entre pas en ligne de compte. A 40 ans, Jérôme Delay s'est forgé une solide réputation. Sur une période de dix ans, il a donné forme aux bouleversements qui se sont produits aux Balkans, en Afghanistan, en passant par l'Afrique et le Moyen Orient.

Ses collègues d'Associated Press, ses concurrents (et néanmoins amis) qui travaillent pour d'autres agences, voient en lui l'un des meilleurs photojournalistes. Outre les talents de base, il a également un sens rare de la composition, et joue de la lumière comme un magicien. A travers son objectif, une scène de rue banale se transforme soudainement en toile de Breughel, chargée de tons et de nuances subtiles.

Les circonstances ont fait que Delay a souvent travaillé comme photographe de guerre. Mais il dépeint de la guerre ce qu'elle engendre autant que ce qu'elle est: car la guerre est une histoire d'hommes, et non de canons, c'est une réalité humaine, qui laisse des blessures psychiques et physiques.

Mais lorsqu'on lui demande ce qui le pousse à continuer, Delay répond: "J'espère que lorsque mes filles iront à la fac, elles diront en voyant les illustrations des livres d'histoire: "Je me souviens; papa y était; c'est pour ça qu'il n'était pas à la maison"".

Mort Rosenblum

Jérôme Delay

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