Avant que leur « caravane » de migrants qui effectuait un périple de plus de 3 000 kilomètres à travers le Mexique ne devienne un incident diplomatique international, avant que les tweets rageurs du président Donald Trump contre les « hordes de clandestins » affluant vers la frontière américaine ne déchaînent une tempête médiatique, c’étaient des hommes, des femmes et des enfants, épuisés, déshydratés, couverts de crasse et effrayés, qui se regroupaient discrètement sur les places de villages, leurs bagages sur le dos, et marchaient pendant des heures sous le soleil de plomb mexicain à travers des territoires aux mains des cartels de la drogue.
Les unes après les autres, ces familles avaient fui le Salvador, le Guatemala ou le Honduras pour différentes raisons : une économie en ruine, la violence conjugale, la persécution politique ou les menaces pesant sur leurs vies.

« Dans mon pays, c’est un crime d’être jeune », dit un agriculteur du Salvador, partageant ce triste sentiment avec beaucoup d’autres. N’emportant que quelques vêtements, il a fui avec son fils de 19 ans et son neveu de 20 ans pour lesquels l’avenir au Salvador se résumait à un choix : être recruté ou être tué par l’un des deux gangs violents qui se disputent le pays, Barrio 18 et MS-13.
Edgard Garrido a accompagné la caravane dans son périple épique, brossant un tableau d’ensemble sans perdre de vue l’expérience individuelle. Il est là lors des rares moments de la journée où les migrants se reposent et s’aspergent d’eau pour se défaire de la saleté, de la sueur et des cauchemars ; le soir lorsqu’ils tombent de fatigue ou s’agenouillent dans une église pour prier ; au milieu de la nuit quand ils rêvent, plongés dans un sommeil agité, entassés dans un bus ; et lorsqu’ils s’accrochent résolument à la vie, agrippés à un train de marchandises si dangereux qu’ils le surnomment « el tren de la muerte ».
Leurs pieds deviennent noirs, leur peau est pelée. Les enfants pleurent et tombent malades. Les maigres sommes économisées avant la fuite s’amenuisent à chaque étape du périple. À leur arrivée à la frontière californienne, les familles sont séparées. Certains sont emmenés dans des centres de détention et de demandeurs d’asile, d’autres sont expulsés, renvoyés vers la violence et la désolation qu’ils venaient de fuir. Edgard Garrido les a suivis avec son appareil pendant leur voyage de plusieurs semaines. Après des années passées à couvrir le paysage politique souvent brutal et les flambées de violence au Mexique et en Amérique centrale, il a accompagné la caravane lors de moments intenses et parfois très douloureux. Il montre la terreur, l’ennui, le salut et la persévérance tenace, redonnant leur dignité à des personnes trop souvent résumées à une masse silencieuse dans les débats internationaux sur la politique migratoire qui font rage.
« Je me souviens pourquoi j’ai pris cette photo », raconte Edgard Garrido. On y voit Alexandra, une transgenre, qui s’apprête à monter à bord d’un train de marchandises, sa valise en équilibre sur la tête, auréolée de lumière tandis qu’elle se faufile dans la pénombre au milieu de la foule en mouvement. « Pour moi, elle évoque le caractère intemporel de la migration humaine et la quête d’une vie meilleure. »

Edgard Garrido

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