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Viktor Drachev s’attache à saisir les détails les plus simples pour nous offrir un brin d’humour ou l’émotion d’un instant. On l’imagine le sourire aux lèvres tandis qu’il déclenche son boîtier, capturant le pittoresque du quotidien de tout un chacun, l’épisode burlesque ou encore la situation incongrue.

Au-delà de l’actualité qu’il nous présente, il ajoute une dimension supplémentaire, une patte bien à lui, empreinte d’insolite et de fantaisie.

Né à Yalta en 1957, Viktor encore enfant s’installe à Minsk, au Bélarus, avec sa famille. Il vit depuis toujours dans ce pays austère, aux libertés bridées, et aime mettre en valeur les spécificités de son peuple avec sensibilité et humour, s’attachant à souligner le caractère de ces femmes et hommes qui savent passer du rire aux larmes tout en exorcisant les situations les plus dramatiques.

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Tout y est, de la rudesse du climat aux difficultés économiques, des moments d’intimité aux fêtes nationales. On imagine, on sent, à travers ses photos, ce que peut être la vie dans ce pays d’Europe de l’Est.

Élevé en partie par ses grands-parents, Viktor a une tendresse particulière pour les plus âgés, pour les vétérans qu’il ne manque jamais de photographier, le plastron médaillé, paradant le jour de la fête de la Victoire.

Toutes les situations accrochent son regard, comme la pêche dont il est grand amateur et nous rapporte ici cette anecdote : « Je ne pratique la pêche qu’en été, mais à la faveur du premier reportage commandé par l’AFP, je me suis rendu sur un lac proche de Minsk. Alors que nous approchions de la fin de l’hiver, la glace était de plus en plus fine, donc fragile. À peine avais-je posé un pied sur le lac, que je me retrouvais dans l’eau jusqu’à la ceinture. Heureusement, j’avais réussi à maintenir mon boîtier hors de l’eau. Je suis ressorti et, par un autre chemin, j’ai rejoint les pêcheurs dont deux étaient particulièrement pittoresques. À chaque prise, ils se descendaient un petit verre de vodka. Je les soupçonne même d’en avoir bu entre les prises et ils étaient plus que joyeux lorsque je les ai photographiés. »

Mais aussi des moments plus délicats, plus graves. Ainsi en se rendant dans la « zone d’exclusion » de Tchernobyl d’un rayon de 30 km autour de la centrale, à l’occasion du 20e anniversaire de la catastrophe, il nous raconte ses impressions, sans dramatiser : « Ayant entendu dire qu’une brigade partait vérifier le taux de radiation dans les villages des alentours, je me suis précipité pour faire partie de l’expédition, sans risques de contamination pour les visiteurs, comme moi, de passage. En revanche la consommation régulière d’aliments contaminés était dangereuse ; imaginez le taux ingurgité avec un cochon grillé, élevé à 35 km du réacteur !!! Plus près encore du réacteur, j’ai rencontré un couple qui, après avoir signé une décharge, était revenu peu de temps après la catastrophe, dans leur ancienne maison, située sur une zone toujours fortement contaminée. Je leur ai apporté des oranges et deux bouteilles de vodka. Nous avons longuement bavardé, puis j’ai photographié la femme en train de traire sa vache. Ils semblaient ne souffrir d’aucun trouble apparent après presque 20 ans d’exposition aux radiations. »

À travers ces 35 clichés, laissons-nous emporter par ces atmosphères qu’il nous offre et qui nous enveloppent, sans jamais nous laisser indifférents. Seul nous manque le petit verre de vodka !!!

Laurence de Suremain, AFP

Viktor Drachev

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