Lauréat du Prix de la Ville de Perpignan Rémi Ochlik 2018

Le visage rayonnant d’espoir, Michael entonne en kiswahili « Kura yangu ina thaman » (Mon vote compte) tandis qu’il vote dans une petite école publique de Mathare, un bidonville à l’est de la capitale Nairobi. Mathare est l’un des plus vieux bidonvilles d’Afrique, où vivent plus d’un demi-million de personnes. C’est un bastion de Raila Odinga, ancien Premier ministre et chef de l’opposition.
En sortant, Michael interpelle des policiers devant le bureau de vote : « La corruption est partout et le gouvernement actuel ne fait rien pour ceux qui vivent ici ! » Puis il disparaît dans une rue poussiéreuse avec des amis.
La plupart des habitants de Mathare font partie des groupes ethniques qui soutiennent « Baba » Odinga de la tribu des Luo, la troisième plus grande communauté du pays. L’appartenance ethnique joue un rôle clé dans les élections présidentielles au Kenya, pays où vivent plus de 40 tribus qui se disputent les sièges d’élus, la plupart des électeurs votant pour les candidats de leur ethnie.

Les Kenyans se sont rendus aux urnes le 8 août 2017, après une campagne électorale tendue entre le président sortant Uhuru Kenyatta et le candidat de l’opposition Raila Odinga. Ces élections n’ont fait qu’accroître les tensions dans le deuxième pays le plus riche d’Afrique de l’Est. Le lendemain de l’élection, alors que les résultats provisoires donnaient le président Kenyatta vainqueur, des échauffourées ont éclaté entre manifestants et forces de l’ordre dans différentes villes du pays.
La cour suprême du Kenya a rendu un jugement salué comme étant une décision historique en Afrique : invoquant des irrégularités, elle a annulé les résultats de l’élection présidentielle du 8 août à l’issue de laquelle le président Kenyatta avait été réélu et demandé la tenue d’un nouveau scrutin dans les soixante jours. Certains observateurs y ont vu un tournant potentiel dans un pays où des élections contestées ont provoqué la mort de milliers de personnes ces dernières années. Cependant, Odinga a refusé de participer au nouveau scrutin, affirmant que la commission électorale avait échoué à prendre les mesures nécessaires pour garantir des élections libres et équitables. Le jour J, ses partisans ont barricadé des bureaux de vote et empêché la tenue de l’élection dans plusieurs régions.
Le second scrutin n’a pas été différent. Human Rights Watch et Amnesty International ont trouvé de nombreuses preuves de violations graves des droits humains. Une centaine de personnes ont été tuées et des centaines blessées dans des conflits interethniques et des affrontements avec la police.
Odinga ayant refusé de participer au nouveau scrutin, Kenyatta a remporté l’élection sans difficulté. Ce résultat a également été remis en cause devant la cour suprême en raison d’irrégularités alléguées, mais cette fois-ci les juges ont tranché en faveur du président sortant, mettant un terme à la paralysie.
Luis Tato

Luis Tato

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