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Mon travail en Afrique du Sud a été le fruit du hasard. Alors que j’explorais le monde de la boxe amateur aux États-Unis et à l’étranger, j’ai été amenée à visiter le club Luyviso, installé dans une ancienne maison de quartier convertie en salle de sport, à Khayelitsha, un township à 40 kilomètres du Cap.

Chaque jour après l’école, les jeunes boxeurs en herbe arrivaient, pieds nus, prêts à en découdre et à donner du leur pour perfectionner leurs coups.

Touchée par la détermination et les rêves de ces enfants, inspirée par ce qui se passait dans ce club, j’ai commencé à m’intéresser à d’autres aspects de la vie quotidienne dans cette jeune démocratie qu’est l’Afrique du Sud.

Depuis 2004, je me suis rendue plus d’une dizaine de fois dans les townships traditionnellement noirs de Langa, Khayelitsha, Philippi et Gugulethu. J’ai photographié des salles de classe surpeuplées, les urgences d’un hôpital public, de jeunes églises florissantes, les rues de quartiers difficiles et les maisons de ceux et celles qui y habitent. Mes photographies témoignent de la persévérance de ces Sud-Africains qui, malgré une violence endémique, une profonde détresse économique et un racisme toujours aussi vivace, ont su garder toute leur dignité, leur espoir et leur courage. Là, à l’écart des villes où affluent touristes et hommes d’affaires, dans ces townships grouillants de vie, j’ai trouvé chez les personnes que j’ai photographiées de la beauté, de la force, et l’humanité dans toutes ses contradictions : le sermon d’un prêcheur devant une congrégation captivée, l’étreinte d’un couple amoureux à la tombée de la nuit, la fierté de Sindi dans sa robe traditionnelle xhosa, la douleur du deuil lors des obsèques d’un jeune Sotho, les traces choquantes de la violence sur le visage et le corps meurtris d’une femme, la poésie et la grâce d’une jeune fille qui danse par un doux dimanche après-midi.

De mon premier projet (sur la vie et la culture basque dans le sud-ouest de la France) à celui-ci, j’ai travaillé dans la tradition des photographes humanistes, tels que Dorothea Lange ou Walker Evans, en m’efforçant de faire des images qui suscitent l’empathie et changent le regard social. J’ai avant tout essayé, par le biais de la photographie, de dépeindre et célébrer toutes les expériences du quotidien de ceux et celles que je photographie. Ils espèrent et rêvent d’une vie meilleure (avec accès au logement, à l’emploi et à une éducation de qualité pour leurs enfants) exactement comme nous. Je m’engage sur des projets à long terme, revenant sans cesse aux mêmes endroits et vers les mêmes personnes, tissant des relations plus profondes avec elles. Ainsi je cherche toujours à me tenir aux côtés des personnes que je photographie, et non en face d’elles.

Je travaille en argentique, sans aucun artifice ni mise en scène. Une approche directe qui sied à ce pays où la vie est franche et l’histoire manifeste. Je ne m’imagine pas photographier l’Afrique du Sud actuelle sans être tout aussi franche qu’elle, je refuse de l’embellir, même dans ces moments où mon appareil décèle une étonnante mesure de grâce.

Anne Rearick

Anne Rearick

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