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Lauréate du Prix Canon de la Femme photojournaliste 2006

Les Taliban sont de retour en Afghanistan. Contrôlant l’essentiel du sud du pays, ils sont en passe d’imposer un régime de substitution, une stratégie qu’ils avaient déjà déployée avant leur arrivée au pouvoir en 1996. Les forces britanniques, qui s’étaient lancées au début de l’été dans une chasse aux Taliban dans la région du Helmand ont dû, devant l’ampleur de la résistance opposée, se résoudre à se retirer de certains districts, les abandonnant totalement aux mains des insurgés. Dans ces zones de non droit, la population, lassée du chaos et déçue par un gouvernement qui tarde à remplir ses promesses, s’est rangée du côté des combattants. Entre une démocratie jusqu’alors inefficace qui leur a été imposée par les Occidentaux, et un régime taliban, à la fois gage de sécurité et référentiel plus accessible que le modèle occidental, les Afghans du sud du pays n’ont pas hésité. D’autant que pour donner corps au rêve démocratique, les forces étrangères abusent des frappes aériennes, faisant des centaines de victimes innocentes parmi les civils et des milliers de déplacés qui s’entassent dans des camps de fortune. Un sentiment d’injustice, couplé à une vie de misère, pousse la population à venir grossir les rangs des Combattants de Dieu.

Chez les Taliban, tout n’est pas figé : les préceptes évoluent, ainsi que le profil des nouveaux serviteurs d’Allah… Outre les immuables têtes pensantes basées au Pakistan et d’où proviennent les ordres du mollah Omar, les combattants sont désormais de jeunes paysans, souvent illettrés et convaincus de défendre une cause juste en se battant contre le Satan américain. Parfaitement intégrés dans la société afghane, ils font penser à une armée de réservistes, travaillant aux champs le jour, mais mobilisables sur un coup de téléphone, grâce aux portables fournis par les Taliban. D’où la difficulté pour les forces étrangères de les localiser et de les neutraliser, ainsi que de faire la différence entre Taliban et simples civils.

Principales victimes de ces Taliban « nouvelle vague » : les femmes. Signe des temps, la burqa fait son grand retour ; les écoles de filles sont méthodiquement brûlées, leurs responsables directement pris pour cibles et une impitoyable chasse aux rebelles a commencé. Cette année, plus de 20 professeurs ont été sauvagement assassinés, 198 écoles ont été brûlées, plusieurs dizaines de femmes travaillant pour des ONG internationales ont été pendues et les rescapées sont régulièrement inquiétées par des lettres de menaces de mort. Rédigée par le mollah Omar, les Taliban ont même édicté une constitution en 30 points, qui interdit entre autres l’enseignement dispensé par le gouvernement, accusé de répandre les valeurs des « infidèles » de l’Occident. Un autre point refuse l’aide des ONG et promet la mort aux travailleurs sociaux.

Malgré ce régime de la terreur, certaines femmes téméraires tentent de résister, comme Faouzia qui en dépit des menaces, continue à veiller sur les intérêts des femmes de sa région du Helmand, ou encore Malalai Kakar et ses 17 femmes flics qui sillonnent Kandahar pour traquer les criminels et protéger leurs sœurs. Face à elles, les Taliban se sont lancés dans une offensive de grande envergure qui vise, au-delà d’une guérilla incessante et systématique contre les forces étrangères, la tenue des prochaines élections législatives, dans deux ans. Espérons que le mécontentement général et la xénophobie grandissante ne porteront pas à nouveau au pouvoir ces Taliban de la deuxième génération, qui, plébiscités par le verdict des urnes, deviendraient définitivement incontrôlables et auraient une capacité de nuisance immense.

Véronique de Viguerie

Véronique de Viguerie

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