Dans de nombreuses régions du monde, une femme cesse d’exister socialement lorsqu’elle devient veuve et est rejetée, avec ses enfants, aux marges de la société. Dans ces cultures, la femme est souvent définie par ses liens avec les hommes : d’abord le père, puis le mari. À la mort de ce dernier, elle devient une paria. Souvent sans instruction et ne pouvant subvenir à ses besoins, elle est une cible facile pour tous les abus. Même si elle peut légitimement hériter de terres ou d’argent, elle ignore ses droits et se laisse chasser du domicile par la belle-famille qui s’empare de tous ses biens. Parfois, elle-même fait partie de « l’héritage », donnée comme épouse à un frère du défunt.

En Inde, la stigmatisation des veuves est profondément ancrée dans la religion hindoue. Certains hindous croient que si une femme est pure et fidèle, elle saura protéger son époux de la mort, rendant implicitement la femme coupable du décès de son mari. Dans les cas les plus extrêmes, les veuves se jettent sur le bûcher funéraire de leur époux. Malgré l’interdiction au début du XIXe siècle de cette pratique appelée sati, certaines communautés attendent des veuves qu’elles passent le reste de leurs jours à porter le deuil. Aujourd’hui, parmi les 40 millions de veuves indiennes, plusieurs milliers se réfugient dans des villes saintes telles que Vrindavan et Varanasi où elles purgent une peine à vie : elles se rasent la tête, s’habillent de blanc et ne se remarient jamais. Cependant les jeunes générations rejettent ces attentes et la situation commence à changer. Récemment, dans un ashram, des veuves ont célébré Holi, la fête des couleurs. Le quotidien The Times of India en a fait le récit : « Elles ont chanté et dansé, ri et pleuré. Elles se sont lancé des fleurs et du gulal (poudre colorée). Les veuves de Vrindavan ont fêté Holi avec une débauche de couleurs, bravant ainsi les traditions qui leur interdisent toute festivité. »

En Bosnie, le massacre de Srebrenica en 1995 a laissé des milliers de veuves : en à peine une semaine, les forces serbes ont tué plus de 7 000 hommes et garçons bosniaques. Des villages entiers se sont retrouvés sans maris, transformant la structure des familles et de communautés entières. Les veuves sont alors devenues les chefs de famille, et des responsables et militantes locales qui se battent pour les droits des victimes de ce génocide.

En Ouganda et dans de nombreuses régions d’Afrique, la tradition veut que la femme n’ait aucun droit en matière d’héritage ; lorsque son époux décède, la famille de ce dernier exige tous ses biens : terres, maison et parfois même enfants. L’ONG International Justice Mission (IJM) s’est attaquée à ce problème dans une localité en périphérie de Kampala, où 60 % des veuves ont été dépossédées de leurs biens. Pourtant la constitution ougandaise est équitable et progressiste et protège le droit successoral des femmes ; IJM reconnaît que le problème vient du manque d’instruction. Depuis 2007, l’ONG est présente et active dans la localité, organisant des formations pour toute personne travaillant dans le secteur du droit et de l’application de la loi, notamment les policiers, les responsables locaux et les juges. La situation commence à s’améliorer.

L’Organisation des Nations unies a reconnu que l’amélioration de la situation des veuves était un enjeu mondial et, en 2011, a officiellement déclaré le 23 juin Journée internationale des veuves : « Nulle femme ne devrait perdre son statut, ses moyens de subsistance ou ses biens au décès de son époux. Et pourtant, des millions de veuves sont maltraitées, victimes de discrimination, déshéritées ou indigentes. » (Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU) Amy Toensing

Le projet a été en partie financé par le Pulitzer Center on Crisis Reporting et par National Geographic Magazine

Amy Toensing

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