Entre le 24 août 2016 et le 18 janvier 2017, l’Italie a été dévastée par une série de séismes de magnitude allant de 5,5 à 6,6. Les Marches et l’Ombrie, deux régions jalonnées de petits villages témoins d’un immense patrimoine historique et culturel, sont ravagées par de violentes secousses qui font près de 300 victimes et balaient plus de 130 communes sur une zone de 83 000 kilomètres carrés. Norcia, Arquata del Tronto, Castelraimondo, Pievebovigliana, Tolentino, Visso… Ces noms qui auparavant évoquaient aux voyageurs le charme unique de ces provinces du nord de Rome ne sont plus aujourd’hui que ruines et décombres où s’est évaporé en quelques instants tout un pan de l’identité d’un pays.

Promontoire avancé de l’Europe, l’Italie est aux premières loges des crises du moment. La pression qui vient d’Afrique est tellurique autant que migratoire. Car c’est sur ces montagnes que l’essentiel du risque sismique européen se concentre, sous la poussée du continent noir. Une mécanique souterraine qui secoue l’Italie en moyenne tous les cinq ans depuis 1945. Une mécanique qui broie des millions d’Italiens.

Et pourtant. Contrairement au tremblement de terre de l’Aquila, en 2009, transformé à l’époque en grand spectacle politique par Silvio Berlusconi, ceux des Marches et de l’Ombrie n’ont pas suscité la même attention ni la même dramaturgie. Dix mois après les premiers séismes, les promesses de reconstruction de ces joyaux d’art médiéval et de la Renaissance ne sont, pour l’instant, pas tenues. Comme si la vie s’était arrêtée le 24 août 2016. Les centres-villes transformés en « zones rouges » sont interdits d’accès : entrelacs de maisons et d’édifices effondrés, clochers fissurés, routes impraticables… Sur les 2,3 millions de tonnes de gravats qui devraient être enlevés, à peine 8 % l’ont été. Dans 51 communes touchées, plus de 3 000 chalets provisoires devaient être livrés cet hiver ; seuls 296 l’ont été. Cette fois, l’Italie a pris la douleur pour elle, et aujourd’hui la région des Marches, principale victime de cette catastrophe, subit le désastre dans la solitude. Comme une nation qui fait face aux épreuves, loin de la politique romaine, loin des projecteurs des médias épileptiques et, finalement, loin de l’Europe.

Reste qu’à l’échelle nationale, les appels aux dons ont été suivis de nombreux gestes de générosité, aussi bien de la part de l’Église, du monde du sport et du spectacle que de milliers d’anonymes venus prêter main-forte aux villageois et aux secours : tous mobilisés dans un formidable élan de solidarité, preuve de la résilience d’un pays cherchant, coûte que coûte, à préserver son âme écorchée.

Emanuele Scorcelletti

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© Marc de Giovanni
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