Ils ont servi au côté de l’armée américaine en Afghanistan, participant à l’effort de guerre des États-Unis au péril de leur vie. Certains étaient interprètes, d’autres médecins, diplomates ou ingénieurs. En raison du rôle qu’ils ont joué, les talibans, de retour en force, les ont pris pour cible. Le Congrès américain a reconnu cette menace et leur a accordé des visas spéciaux. Plus de 2 000 Afghans se sont depuis installés aux États-Unis dans le comté de Sacramento, en Californie, et beaucoup avouent leur grande déception. Après avoir exercé une profession reconnue dans leur pays, ils se retrouvent aux marges de la société américaine, en proie à la pauvreté et à la criminalité. Et ils perdent parfois espoir.

Les agences de réinstallation les ont logés dans des complexes résidentiels vétustes et infestés d’insectes, situés dans des quartiers pauvres où la criminalité est élevée. La plupart se sont rendu compte que leurs qualifications, diplômes et références n’étaient pas reconnus aux États-Unis. Ceux qui ont réussi à trouver un emploi peinent souvent à subvenir aux besoins de leur famille avec le salaire minimum. Après avoir vécu cloîtrées sous le régime des talibans, les femmes vivent désormais recluses dans leurs appartements américains : elles ne savent pas conduire, ne parlent pas la langue du pays et ont du mal à suivre des cours d’anglais car faire garder ses enfants coûte trop cher.

Ces migrants ont rencontré une difficulté supplémentaire : une bizarrerie informatique a modifié leur identité. Sur le visa spécial leur accordant l’entrée aux États-Unis, leur nom de famille a été effacé et remplacé par leur prénom, avec la mention « FNU » (First Name Unknown : prénom inconnu).

Perdus aux États-Unis, beaucoup souffrent de ce que les experts estiment être une nouvelle forme de syndrome de stress post-traumatique, exacerbé par les difficultés qu’ils ont à s’intégrer. Ils se disent désarmés et abandonnés, sans emploi ni logement décents, et déroutés par le mode de vie américain. Et le traumatisme ne s’arrête pas là. Pendant une tentative de braquage, un interprète a reçu une balle au visage et a perdu un œil. Un automobiliste distrait a percuté et tué un ingénieur à vélo et gravement blessé son fils ; la mère se retrouve seule avec ses quatre enfants. Une autre femme, victime de violence conjugale, s’est vu retirer la garde de ses enfants par les services de protection de l’enfance et peine à comprendre les normes sociales.

Après la publication de mon reportage sur la détresse de ces réfugiés afghans, Doris Matsui, membre du Congrès américain, a demandé au Government Accountability Office, l’organisme d’audit des comptes publics, d’évaluer la situation et de voir comment il serait possible d’améliorer le processus de réinstallation de ces personnes qui, après avoir aidé l’armée américaine, se retrouvent à vivre dans des conditions insalubres et en proie à la violence.

« Le processus de réinstallation devrait être plus spécifique pour ces personnes, non seulement pendant les 90 premiers jours où les agences de réinstallation sont chargées de les aider, mais également après… Il faut leur permettre de retrouver une vie qui leur convient réellement, ils doivent pouvoir travailler et faire vivre leur famille… Leurs espoirs et leurs rêves ont souvent été déçus. » (Doris Matsui, membre du Congrès américain)

Renée C. Byer

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© Renée C. Byer / The Sacramento Bee

Renée C. Byer

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