Cinq ans après l’indépendance du Soudan du Sud, les affrontements déclenchés en décembre 2013 par un bras de fer entre le président Salva Kiir et l’ancien vice-président Riek Machar ont jeté sur les routes 2,5 millions de personnes. Les forces de l’ethnie Dinka soutiennent le président, alors que les combattants nuers se sont ralliés au nouveau chef rebelle. Le conflit s’est propagé dans tout le pays, dressant les groupes ethniques les uns contre les autres. Des accords de paix ont été signés puis violés, et tandis que les dirigeants continuent de se quereller, les combats se poursuivent et la population souffre.

La violence, la famine et la maladie ont fait basculer le pays dans une catastrophe humanitaire. La guerre civile a déjà tué plus de 50 000 personnes. Les habitants ont fui et 120 000 civils vivent désormais dans le camp de déplacés de la ville de Bentiu. Une situation que l’on retrouve à travers tout le pays. Rien que dans l’État d’Unité, on dénombre près de 600 000 personnes déplacées. En avril 2015, fuyant les combats qui faisaient rage dans cet État, des milliers de civils se sont réfugiés dans la brousse ou les marais avant de se rendre dans les camps de protection des civils de l’ONU.

Le survol de Leer offre un spectacle de désolation. Cette ville qui auparavant fourmillait d’activités a été ravagée par la guerre, ses maisons réduites en cendres. Médecins sans frontières avait ouvert un hôpital et des structures d’hébergement qui ont été attaqués et pillés à plusieurs reprises ; ils ont dû quitter Leer en octobre 2015, laissant la population sans accès aux soins. Cependant MSF y est retourné quelques mois plus tard et très vite d’autres organisations humanitaires ont suivi.

Des milliers de personnes se sont cachées dans des zones marécageuses reculées ou sur des îles, en espérant que l’eau leur offre une certaine protection. Mais malgré tous les efforts que ces civils déploient pour se cacher dans la brousse ou dans les marais, ou pour rejoindre des zones protégées comme Bentiu, le conflit armé n’est jamais très loin.

J’ai eu le privilège de travailler aux côtés des équipes de MSF dans l’État d’Unité où MSF était parfois la seule ONG à fournir une aide alimentaire et médicale aux personnes déplacées et sous-alimentées. (En avril 2016, dans le cadre d’un accord de paix, un gouvernement d’unité fragile a été mis en place et Riek Machar est redevenu vice-président.)

Dominic Nahr

Reportage réalisé pour Médecins sans frontières. Dominic Nahr / for Médecins sans frontières

Dominic Nahr

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