En avril 2012, un groupe d’anciens rebelles réintégrés dans l’armée régulière congolaise s’est de nouveau mutiné pour reprendre l’insurrection dans l’est de la République démocratique du Congo. Il porte le nom de M23, en référence aux accords de paix du 23 mars 2009 qui avaient permis la transformation du groupe d’origine, le CNDP (Congrès National pour la défense du peuple), en parti politique et l’intégration de ses combattants dans les forces armées nationales.

Au cours de l’été 2012, ces soldats ont déserté, prétextant de mauvaises conditions de vie et des soldes insuffisantes. Ils ont alors repris le combat contre les forces gouvernementales et se sont emparés de territoires entiers de la province déjà instable du Nord-Kivu.

L’est du pays est devenu une zone d’insécurité où pullulent les groupes armés. Environ deux millions de personnes ont déjà fui le conflit.

Au mois de mai, alors que l’armée et les rebelles s’affrontaient dans les collines du territoire Rutshuru, Veronica Nyiramitana et son mari Josephu Jibesho étaient les seuls à être restés dans le village de Gisiza. « Ils se sont tous enfuis », explique M. Jibesho en parlant du jour où l’armée a donné l’assaut contre les rebelles du M23 dans la région. Assis devant leur petite hutte de paille, les frêles octogénaires ont entendu résonner le bruit des coups de feu : les rebelles occupaient une colline qui surplombe le village.

Personne ne sait combien de personnes sont mortes pendant ces quatorze années de conflit dans l’est du Congo. L’International Rescue Committee estime à 5,4 millions le nombre de « morts liés à la guerre » depuis 1998, alors que d’autres études annoncent seulement la moitié de ce chiffre. Quoi qu’il en soit, au moins 2,7 millions de personnes auraient perdu la vie dans le cycle de la violence au Congo.

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Avec presque 20 000 militaires et un mandat de protection des populations civiles, la mission des Nations unies en RDC (MONUSCO) est la plus grande opération de maintien de la paix au monde. Pourtant, et malgré les nombreuses promesses des commandants des casques bleus d’arrêter l’avancée du M23, le territoire sous contrôle rebelle ne cesse de s’agrandir.

Dans le sillage des rebelles, de nombreuses allégations de viols, pillages, recrutements par la force et recours aux enfants soldats ont été documentées par l’ONU et des organisations de défense des droits de l’homme. Parce que ces crimes sont aujourd’hui associés à la présence des groupes armés dans la région, ce sont des communautés entières qui vivent en permanence dans la peur.

À la mi-novembre, les rebelles s’approchaient dangereusement de Goma, forçant de nombreux déplacés à fuir une nouvelle fois. Le 19 novembre, ils avaient repoussé les forces armées congolaises jusque dans la périphérie de la ville. Un jour plus tard, Goma, centre névralgique de l’économie et du commerce dans la région, tombait aux mains des rebelles pour la première fois depuis presque dix ans.

Les rebelles ont occupé la ville pendant douze jours, avant de se retirer sous la pression de la communauté internationale. À la fin de l’année, l’Ouganda, pays limitrophe de la RDC, a accueilli des pourparlers de paix qui ont échoué. La reprise des hostilités ne semble jamais loin.

Lors de l’occupation de Goma, le M23 a pillé des quantités massives d’armes, de munitions et de véhicules. Ils sont aujourd’hui plus forts et plus nombreux qu’avant. Ils ont démontré leur supériorité militaire face à l’armée régulière et confirmé qu’ils n’ont que peu à craindre de l’ONU.

Pendant ce temps, des milliers de civils sont condamnés à vivre dans des camps, et leur avenir reste des plus incertains.

*Phil Moore *

Phil Hatcher-Moore

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© Phil Moore
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