Aujourd’hui à Haïti, plus de 300 000 enfants sont victimes de l’esclavage domestique. N’ayant plus les moyens de nourrir leurs enfants, de nombreux parents les confient à des familles riches dans l’espoir de leur assurer de meilleures conditions de vie et une éducation convenable.

En créole haïtien, on appelle ces enfants des « restavèks », dérivé du français « reste avec ». Hélas, à quelques exceptions près, les restavèks deviennent des esclaves, travaillant du matin au soir dans les maisons de leurs « maîtres ». Jour après jour, ils exécutent toutes les tâches ménagères : puiser des litres et des litres d’eau, laver le linge, nettoyer les cours…

Ils n’ont ni le droit de coucher dans un lit, ni de manger à table avec la famille, ni de jouer avec les autres enfants. La plupart d’entre eux n’ont pas le droit non plus d’aller à l’école et sont exposés à toutes les violences domestiques et sexuelles.

Après le tremblement de terre de 2010, la situation d’Haïti s’est considérablement aggravée. Beaucoup d’enfants ayant perdu leur foyer et leurs parents sont devenus des restavèks.

Aujourd’hui, même les familles pauvres ont deux ou trois restavèks à leur service, et leur comportement à leur égard est parfois pire que celui des plus riches.

Plusieurs ONG luttent contre la servitude des enfants haïtiens, à l’instar de la Restavek Freedom Foundation, qui repère les familles employant des restavèks et s’efforce de les convaincre de les envoyer à l’école, en leur proposant de prendre en charge les frais de scolarité, d’uniformes et de manuels scolaires.

Mais les ONG ne pourront pas à elles seules mettre un terme à cette forme d’esclavage. Les Haïtiens, qui subirent eux-mêmes l’esclavage pendant des siècles, n’hésitent pas à faire de leurs propres enfants des esclaves. Dans les familles riches, il n’est pas rare que la mariée se voie offrir en cadeau de noces un petit esclave. Très peu d’Haïtiens pensent que cette situation peut évoluer à court terme. Le gouvernement ne s’empresse guère de condamner cette pratique odieuse, pas plus que l’Église, pourtant très influente dans le pays.

Jean-Robert Cadet, ancien restavèk et adversaire bien connu de ce système, est persuadé que le pays ne résoudra ses problèmes que lorsqu’il en aura fini avec l’exploitation de ses propres enfants.

Malheureusement, son appel n’a reçu qu’un faible écho, et aujourd’hui, les enfants haïtiens tombent de plus en plus nombreux dans l’esclavage, victimes de leurs propres compatriotes.

Vlad Sokhin s’est rendu deux fois à Haïti, en 2012 et 2013, pour un reportage sur la vie de ces restavèks. Il a souvent travaillé avec les ONG locales qui tentent de mettre fin à l’esclavage des enfants dans ce pays.

Vlad Sokhin

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