En 1990, Juan Manuel Castro Prieto rassemble le matériel de son laboratoire photo noir et blanc et l’emporte à Cuzco dans une caisse pesant plus de 200 kg. Là-bas, il réalise les meilleurs agrandissements que l’on ait jamais faits de Martín Chambi. Pour Castro Prieto, l’œuvre de ce grand maître de la photographie péruvienne est synonyme d’authenticité et de passion.

Vingt ans plus tard, certaines photos de cet artiste autochtone du début du XXe siècle inspirent à Castro Prieto une série de voyages photographiques. Les clichés qu’il réalise alors témoignent d’une évolution et d’une maturité de son œuvre, mais aussi d’une expédition plus intime dans laquelle s’imposent sa vie, son expérience personnelle et une part de rêve.

Le temps qui semble suspendu dans les ruines se mêle à la vie sans transition apparente. Les personnages évoquent des héros de roman dont l’histoire resterait à écrire. Ces milliers de photographies sont empreintes d’onirisme. Castro Prieto se sert de la réalité comme d’un support pour dépeindre ses rêves. Ses paysages et ses portraits dégagent le parfum mythique de voyages imaginaires. Concilier rêve et réalité est le défi de ce vaste projet empreint d’une puissante dimension autobiographique.

Au fond, comme aime à le répéter Juan Manuel Castro Prieto, l’acte de photographier est l’acmé de sa relation à la photographie. Naissent ensuite des tirages magnifiques, des images qui acquièrent leur propre vie. Ces photos sont les siennes, mais l’intensité hypnotique qui préside au moment où il déclenche l’obturateur modifie tout ; par leur truchement, le photographe devient le spectateur de sa propre vie.

Alejandro Castellote

Juan Manuel Castro Prieto

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