Ils sont les derniers nomades d’Iran.

Ils ont été les héros de la révolution constitutionnelle de 1905-1911. Ils ont affronté les Britanniques lors de la Seconde Guerre mondiale, lutté contre les Soviétiques. Les shahs ont voulu les mater, leur imposer une obéissance aveugle au gouvernement central. Ces dernières décennies, les politiques de sédentarisation forcée se sont succédé sans répit. Ils ont pris des coups et traversé les épreuves. Ils sont les derniers nomades d’Iran et ce sont des héros.

Au cours du siècle dernier, leur population s’est réduite comme peau de chagrin. Encore 5 millions il y a cent ans – la moitié de la population du pays à l’époque –, les nomades ne sont plus aujourd’hui que 1,5 million et forment une minorité quasiment invisible en regard des 78 millions d’Iraniens.

Au printemps et à l’automne, les Bakhtiaris et les Qashqais prennent la route de la transhumance. Elle durera vingt jours pour les uns, deux mois pour les autres. Si la camionnette se substitue de plus en plus aux traditionnels ânes et chevaux, la transhumance reste une épreuve difficile.

Épreuve de la marche, de l’installation du campement chaque soir dans un lieu différent. Couper le bois, porter l’eau, nourrir les moutons, pétrir le pain et cuisiner. Et la nuit il faut encore rester à l’affût des voleurs de bétail. « On déteste la vie nomadique. C’est le sombre fardeau qu’on porte depuis notre naissance », confient Zeinab, Mohzeinab et Mounavar. Le seul espoir de ces trois femmes est de se marier avec un homme de la ville.

Les enfants vont à l’école primaire, mais passé l’âge de 10 ans, ils doivent aller en ville s’ils veulent continuer à apprendre. L’alphabétisation constitue l’un des principaux facteurs de sédentarisation. Souvent, ceux qui entreprennent le voyage vers les banlieues d’Ispahan ou de Chiraz n’en reviendront plus.

« Que faire ? Vendre notre seul capital, les bêtes, et s’installer en ville ? Mais pour faire quoi ? Et si on ne trouve pas de travail ? » s’interrogent quelques-uns.

Pour ceux qui relèvent le défi, commence alors une nouvelle vie faite de précarité et d’isolement. Si certains parviennent à s’adapter au monde urbain, d’autres, coupés de leur tribu, oubliés par l’État, incapables de payer les factures ou de subvenir à la nourriture de leur cheptel, sombrent dans la dépression.

« Personne ne nous soutient, dit le grand-père Sabzali. Alors oui, je suis en colère, et ça fait quinze ans que je calme ma colère avec mes pipes d’opium. »

Catalina Martin-Chico et François-Xavier Trégan

Catalina Martin-Chico

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© Fateme Sagheb
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