*Lauréat du Prix Pierre et Alexandra Boulat 2016 soutenu par la Scam

« La culture n’est pas seulement un héritage reçu, c’est aussi un projet assumé. » Mouloud Mammeri, écrivain, anthropologue et linguiste kabyle

Les Amazighs (« hommes libres », terme sous lequel se désignent les Berbères) sont les plus anciens habitants de l’Afrique du Nord. Ils occupent depuis des millénaires un vaste territoire qui s’étend des côtes atlantiques du Maroc jusqu’à l’oasis de Siwa en Égypte. Ce peuple possède une langue et une culture qui lui sont propres, mais son identité est menacée. Ne s’inscrivant pas dans la logique d’État-nation, nomades ou sédentaires, musulmans, chrétiens ou juifs, les Berbères sont suspectés d’hérésie par les pouvoirs nord-africains, et souvent opprimés, dispersés, assimilés, voire persécutés. Leur quotidien est alors une lutte pour préserver leur identité.

La plupart des Berbères vivant au Maroc, je suis allé à leur rencontre à Tinfgam, un village situé dans le Haut Atlas à près de 2 000 mètres d’altitude, que l’on atteint après trois heures de marche sur un sentier escarpé. Les maisons sont faites de pierre et de terre cuite quand elles ne sont pas directement aménagées dans les grottes qui parsèment les crêtes et les collines abruptes du territoire. Les villageois sont paisibles, animés d’une force tranquille. Ce sont pourtant les oubliés du gouvernement qui les marginalise à dessein. Aucune infrastructure n’est mise en place pour assurer leur santé ou leur éducation ; il n’y a ni dispensaire ni école, pas même l’électricité. Mais les Berbères sont indépendants. Par leur connaissance profonde de l’environnement et leur savoir-faire, ils parviennent à s’autosuffire en travaillant la terre, en élevant des chèvres. Leur mode de vie est intimement lié au territoire qu’ils habitent et s’organise au jour le jour, suivant le rythme de la nature. En dépit des conditions de vie précaires, il règne dans le village une atmosphère chaleureuse, familiale. Les femmes y occupent une place centrale, les hommes étant pour la plupart partis travailler sur d’autres terres. Elles sont ainsi devenues les gardiennes de la mémoire vive, des traditions et de la culture amazighes.

Je me suis également rendu dans le village de Timetda, dans la province de Tinghir, où j’ai retrouvé la même philosophie de vie qu’à Tinfgam. Ces deux villages sont assez similaires dans leur mode de fonctionnement et leurs principes. Situé en bord de route, Timetda est plus facile d’accès et certains foyers disposent de l’électricité, cependant les villageois se sentent aussi ostracisés et ignorés par les pouvoirs locaux. Comme les Berbères de Tinfgam, ils sont profondément attachés à leurs traditions et revendiquent avec détermination leur identité linguistique et culturelle. Il s’agit bien là d’un acte de résistance contre l’assimilation et l’oubli auxquels ils sont assignés.

L’espoir et l’avenir de ces peuples reposent tout entiers sur la transmission aux générations futures des valeurs de cette culture millénaire. Il est aussi primordial de préserver leur terre des convoitises incessantes qui les menacent depuis des siècles. Une terre généreuse et nourricière, où règne la douceur de vivre.

En documentant la vie des Berbères qui la peuplent, mon projet s’inscrit dans la démarche d’une culture en résistance.

Ferhat Bouda

Ferhat Bouda

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© Kiên Hoàng Lê
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