Alors que le Venezuela dispose des plus importantes réserves pétrolières du monde, des années de corruption au sein du gouvernement ainsi que de politiques économiques inefficaces ont entraîné une crise profonde dans le pays. Les Vénézuéliens luttent pour survivre malgré les pénuries de nourriture et de médicaments, un rationnement drastique de l’eau et de l’électricité, une criminalité en forte hausse et un gouvernement répressif.

Plus de 85 % des médicaments sont indisponibles, ou très difficiles à trouver. Les hôpitaux publics sont paralysés et manquent de tout, y compris du matériel de base (compresses, gants stériles, seringues, antibiotiques, appareils de radiographie), et beaucoup n’ont accès à l’eau courante que quelques heures par jour.

L’hôpital psychiatrique public El Pampero à Barquisimeto n’a pratiquement aucun des médicaments nécessaires pour traiter les maladies dont souffrent les patients. Les cris glaçants d’Emiliana Rodriguez résonnent dans les couloirs pendant des heures. Cette femme atteinte de schizophrénie répète sans cesse : « Je ne suis PAS folle, j’ai juste FAIM ! » Les patients non traités considérés comme dangereux pour eux-mêmes et pour les autres sont attachés à leur lit ou bien enfermés dans des cellules d’isolement avec juste un matelas. J’ai trouvé Cleofila Carrillo en train de pleurer doucement sous une moustiquaire déchirée : sa voisine de chambre schizophrène et non traitée l’avait attaquée au milieu de la nuit, lui avait arraché le nez avec ses dents… et l’avait avalé. Elle a besoin d’une rhinoplastie complète, mais comme il n’y a pas de matériel, les médecins n’ont pu que lui panser sa plaie.

Aux premières heures du matin, des centaines de personnes font la queue devant les supermarchés et les pharmacies, souvent pendant plus de dix heures, espérant pouvoir bénéficier des petits sacs de vivres distribués par le gouvernement, mais il n’y en a jamais assez pour tous. En décembre 2016, l’inflation a atteint les 800 %, faisant grimper le prix des denrées alimentaires et les rendant inaccessibles, même pour ceux ayant un emploi à temps plein. Au cours d’une étude récente, 90 % des Vénézuéliens ont déclaré ne pas avoir assez de revenus pour acheter la nourriture dont ils ont besoin ; 73 % ont signalé une perte de poids involontaire de 9 kilos en moyenne.

Ayant de plus en plus de mal à joindre les deux bouts, des milliers de Vénézuéliens ont afflué vers les mines d’or illégales gérées par la mafia, prêts à tout pour être payés en or plutôt qu’en bolivars, la devise locale dont le cours varie considérablement de semaine en semaine. D’autres ont choisi de fuir et paient des narcotrafiquants pour qu’ils les fassent passer vers les îles d’Aruba ou de Curaçao, au milieu des cargaisons de cocaïne.

Des centaines de milliers de Vénézuéliens ont choisi, quant à eux, de descendre dans la rue. Plus de cent manifestations massives, et pacifiques pour la plupart, ont eu lieu cette année, mais elles prennent une tournure de plus en plus violente. Les membres radicaux de la « Résistance » affrontent quotidiennement les forces de l’ordre : jets de pierres et de cocktails Molotov, autoroutes bloquées, bâtiments publics incendiés. Des émeutes ont éclaté à travers le pays, les magasins et les pharmacies ont été pillés jusqu’au moindre rayon. Les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes, de tirs au plomb, de balles en caoutchouc et de canons à eau à l’encontre des manifestants. Plus de 100 personnes ont été tuées, plus de 2 000 blessées, et plus de 3 000 ont été arrêtées par la police et ont raconté avoir été brutalement torturées.

Le gouvernement socialiste refuse d’assumer la responsabilité de la crise et a même juré de vaincre ses opposants. Le président Nicolas Maduro a ainsi déclaré : « Si le Venezuela plonge dans le chaos et la violence et que la révolution bolivarienne est anéantie, alors nous irons au combat. Nous n’abandonnerons jamais, et ce qui ne pourra être fait par les urnes, nous le ferons avec des armes. »

Meridith Kohut

Meridith Kohut

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