Tout au long de ma carrière de photojournaliste, j’ai couvert des guerres, traversé des pays ravagés par la haine… Je sais que la barbarie des hommes n’a pas de limite. Mais les atrocités commises sur les femmes yézidies, une minorité kurde du nord-ouest de l’Irak, m’ont particulièrement touché. Des atrocités commises au nom d’une religion par certains fidèles qui se croient supérieurs aux autres.

Ces jeunes filles, parfois encore des enfants, ont été capturées par Daech, violées, vendues et réduites en esclavage. Considérées comme des objets. Certaines ont réussi à s’échapper de cet enfer, les autres sont encore aux mains de leurs tortionnaires, détenues dans des conditions inhumaines, au nom d’Allah.

Cela s’est imposé comme une évidence : le monde devait savoir, ces rescapées devaient témoigner. Il m’a fallu déployer des trésors de diplomatie pour briser leurs réticences, apaiser leurs peurs, faire tomber les tabous et ces murs de silence. Dans cette société très conservatrice basée sur un système de castes, le crime d’honneur se pratique encore.

Aujourd’hui, plus de 3 430 femmes et enfants de cette communauté sont toujours prisonniers de Daech. Parce qu’ils ont compris qu’ils risquaient de disparaître, les Yézidis ont pris les armes. Au mois de mai dernier, une Unité populaire de défense des femmes (YPJ) a été créée. Les jeunes femmes yézidies s’y entraînent au maniement des armes, mais pas seulement : elles qui, pour la plupart, ne sont jamais allées à l’école, découvrent là le sens de l’amitié, l’estime de soi et une forme de liberté. Dans la région de Sinjar, coude à coude avec les hommes, elles montent au front, en première ligne, et affrontent les bourreaux de leur peuple.

Le courage de ces jeunes femmes, de celles qui se battent sur le terrain comme de celles qui tentent de se reconstruire pour continuer à vivre, a été pour moi une source d’énergie et d’inspiration. En témoignant de leurs souffrances comme de leur bravoure, j’ai retrouvé le sens et la noblesse de mon métier.

Alfred Yaghobzadeh, avec la complicité de Flore Olive

Ce reportage n’aurait pas été possible sans l’aide et le soutien de Paris Match, qui reste fidèle à l’esprit du photojournalisme que je défends

Alfred Yaghobzadeh

portrait_yaghobzadeh_par_raphael_yaghobzadeh.jpg
Suivre sur
Voir les archives