Le Kurdistan irakien a tout d’un État indépendant, sauf le nom. Officiellement, il appartient à l’Irak, mais les Kurdes agissent comme s’ils avaient leur propre État. Ils ont un Premier ministre, un parlement, un hymne national, un drapeau et une armée forte de 175 000 soldats, les peshmergas (« ceux qui affrontent la mort »). La plupart des Kurdes vous diront qu’ils ne veulent pas avoir affaire à Bagdad ou au reste de l’Irak. Pourquoi le feraient-ils puisqu’ils se débrouillent très bien tout seuls ?

Depuis 2003, les Kurdes ont bâti un État parallèle, qui est devenu la région la plus stable d’un pays loin de l’être. Le Kurdistan paraissait un havre de prospérité et de stabilité, alors même que le reste de l’Irak sombrait dans la violence après l’invasion de la coalition menée par les États-Unis.

Dans les rues d’Erbil, les grues sont plus nombreuses que les minarets. On y trouve des hôtels de luxe, d’immenses centres commerciaux, un complexe résidentiel, « Dream City », où certains appartements se vendent un million de dollars.

Mais récemment, l’avancée de Daech, la chute des cours du pétrole et le bras de fer avec Bagdad ont porté un coup à l’économie kurde.

Le Kurdistan irakien se trouve dans une région dangereuse, ce qui était déjà le cas en 1991 quand il a obtenu pour la première fois un statut de quasi-autonomie. Depuis, les Kurdes n’ont cessé de vouloir consolider cette autonomie tandis que le reste du pays se désintégrait, surtout lorsque Daech s’est emparé de territoires importants.

La carte politique du nord de l’Irak s’est redessinée depuis que le groupe terroriste a envahi Mossoul, la deuxième plus grande ville du pays. Les forces kurdes contrôlent désormais Kirkouk et Sinjar et revendiquent de vastes territoires auparavant administrés par Bagdad.

Cette nouvelle situation est paradoxale pour les Kurdes : le monde souhaite qu’ils combattent Daech, mais eux veulent avant tout sécuriser le Kurdistan.

Face à la menace de Daech, les Kurdes présentent un front uni dans leur quête d’indépendance.

Yuri Kozyrev

Yuri Kozyrev

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© Mari Bastashevski
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