Cela fait longtemps que les éléphants d’Afrique sont menacés par les chasseurs qui convoitent leur ivoire. Mais depuis une dizaine d’années, plusieurs groupes armés du continent se livrent également au braconnage pour se financer. Ils profitent d’un marché noir en plein essor en raison de l’impunité qui règne, et de la demande insatiable de l’Asie de l’Est, particulièrement de la Chine, où l’ivoire illégal se retrouve sur le marché étatique légal. Plus de 30 000 éléphants sont ainsi tués chaque année et la tendance ne faiblit pas.

Il est désormais possible d’affirmer que ces massacres d’éléphants financent le terrorisme. La vente d’ivoire bénéficie à l’Armée de résistance du Seigneur de Joseph Kony, aux rebelles de la Séléka en République centrafricaine, aux janjawids du Soudan et aux rebelles des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) basés dans le parc national des Virunga en République démocratique du Congo. Un rapport très médiatisé soutient que les shebab somaliens se livrent également au braconnage, cependant aucune preuve concluante n’a été trouvée de leur trafic illégal d’ivoire.

Plusieurs armées nationales soutiennent cette activité illicite en négociant avec ces groupes. De plus, le problème est aggravé par les gangs de braconniers soudanais qui se déplacent en groupes armés et traversent les frontières pour tuer des éléphants. En 2012 a eu lieu le plus grand massacre d’éléphants de l’histoire récente : dans le parc national Bouba N’djida au Cameroun, une centaine de braconniers soudanais et tchadiens à cheval et lourdement armés se sont livrés quatre mois durant à un carnage, massacrant plus de 650 éléphants.

Les forces qui tentent de protéger ces animaux ont un territoire immense à surveiller et sont souvent moins bien armées et en infériorité numérique. Ce reportage montre plusieurs d’entre elles, notamment les gardes des parcs nationaux, les soldats ougandais et congolais, et les douaniers qui tentent de saisir les cargaisons d’ivoire illégal. En luttant contre le braconnage, ces forces sont elles-mêmes devenues des cibles. Lors d’une attaque près du parc national tchadien de Zakouma, en 2012, six gardes ont été tués par des braconniers soudanais. Dans le parc national des Virunga, plus de 150 gardes ont perdu la vie, la plupart en tombant aux mains des rebelles des FDLR basés dans le parc. Et dans le parc national de la Garamba, début 2015, des braconniers ont abattu deux gardes et deux soldats en l’espace de quelques semaines.

Ce reportage vous emmène à travers l’Afrique, de la RDC à la RCA en passant par l’Ouganda, le Soudan du Sud et le Togo, et enfin en Chine, destination de la plus grande partie de l’ivoire de contrebande. Les photographies montrent les répercussions de ce trafic sur les éléphants d’Afrique, les populations avoisinantes et la poignée de courageux chargés d’y mettre un terme.

Brent Stirton

Brent Stirton

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© Byba Sepit
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