Les États-Unis ont la population carcérale la plus élevée au monde, estimée à 2,2 millions. 70 000 mineurs sont emprisonnés dans des centres de détention, dont deux tiers pour des délits non violents. Ces mineurs confrontés au système judiciaire connaissent des problèmes de violence familiale, d’addiction, de syndrome de stress post-traumatique, de pauvreté, de récidivisme familial et d’incarcération intergénérationnelle. Lorsqu’ils sont libérés, comme ils n’ont pas les ressources sociales ni ne reçoivent les soins psychologiques indispensables à leur bien-être, ils récidivent souvent. 50 à 75 % des jeunes détenus se retrouvent dans le système pénitentiaire pour adultes.

« Vinny et David » est un reportage documentaire sur cinq années, qui débute lorsque Vinny, alors âgé de 13 ans, est emprisonné au Centre de détention pour mineurs d’Albuquerque, au Nouveau-Mexique, pour avoir poignardé l’agresseur de sa mère, un ami de la famille. « Lorsque ma mère se faisait tabasser, j’avais tellement peur. Je voulais la défendre. J’en ai marre de voir ma mère souffrir. »

Le reportage suit ensuite Vinny et son frère David, de six ans son aîné. Entre 2011 et 2015, David a été placé en détention dans la prison pour adultes du comté à neuf reprises, pour coups et blessures, distribution de marijuana et vol de voiture. Il n’avait que 10 ans lorsque son père l’a initié au trafic de stupéfiants. La dépendance est une infraction criminelle aux États-Unis, et la possession de drogue fait encourir de lourdes peines dans les États conservateurs comme le Nouveau-Mexique ; c’est ainsi que l’addiction de David et celle de sa mère les ont entraînés dans un cycle de détention.

Le tribunal a ordonné que Vinny soit séparé de sa famille, ce qu’il a respecté entre 2012 et 2014. Puis il a emménagé chez David. Vinny a maintenant 18 ans et est le père d’une petite fille de 15 mois, Jordyn. Le photoreportage suit également Eve, la mère de Vinny et David, et ses deux autres plus jeunes enfants, Elycia et Michael, ainsi que Felicia, l’amie de David, et leurs deux enfants, Lily et Mary Jane.

« Alysia » est un reportage photo qui a débuté en 2012, alors qu’Alysia était détenue pour toxicomanie, et suit la jeune fille et sa famille jusqu’en 2017. Alysia avait 16 ans lorsque la police a fouillé le mobile home de sa tante et arrêté Alysia pour consommation de méthamphétamine ; elle a été emprisonnée au Centre de détention pour mineurs d’Albuquerque, au Nouveau-Mexique. Alysia, dont la mère a été arrêtée puis condamnée à trois ans de prison pour vol de voiture, avait 14 ans lorsque son beau-père l’a initiée à la méthamphétamine. Elle rendait parfois visite à sa mère en prison, mais selon elle, sa mère n’a jamais été là pour elle. Pendant toute son enfance, elle a été ballottée de maison en maison, hébergée par sa grand-mère, sa tante ou alors des amis de la famille. Elle a souffert d’abus, comme c’est le cas pour 93 % des jeunes filles dans les centres de détention et en prison.

Alysia a arrêté l’école après seulement un mois, à l’âge de 13 ans, lorsque son père biologique est mort. Elle a été incarcérée dans un centre de détention pour mineurs, puis envoyée dans un centre de désintoxication avant d’être placée dans une famille d’accueil. Elle a terminé deux périodes de probation, est tombée enceinte à 18 ans, a épousé Emmanuel et est aujourd’hui maman d’une petite fille de 3 ans, Leticia. Alysia a maintenant 21 ans et est retournée à l’école, mais elle a des difficultés à se concentrer en raison des traumatismes qu’elle a subis pendant son enfance.

Vinny, David et Alysia ont grandi dans un environnement de perte et d’abandon alors qu’ils aspirent à l’amour et à une famille unie. Malgré ce désarroi, Vinny, David et Alysia essaient de vivre leur jeunesse pleinement. Au lieu de les enrayer, le système de justice pénale ne fait que refléter et perpétuer la violence familiale, l’addiction, la pauvreté, le manque d’éducation et les préjudices psychologiques que tant de jeunes doivent endurer. Ils sont livrés à eux-mêmes dans une société qui les pointe du doigt et ne leur offre aucun espoir.

Isadora Kosofsky

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